Tour de France 1966 : Une Course Marquée par des Duels et des Innovations
L'année 1966 fut une année riche en événements cyclistes majeurs, avec notamment un Tour de France qui promettait un duel fratricide entre les Français Jacques Anquetil et Raymond Poulidor. Dès le 21 juin, le départ de la Grande Boucle fut marqué par une innovation significative : la suppression des bonifications, modifiant ainsi la stratégie des équipes.
Les premières étapes révélèrent un paysage de course animé. Le 21 juin, lors de la 1re étape Nancy-Charleville, l'Allemand Rudi Altig s'imposa, suivi de près par le Belge Willy Planckaert. Le lendemain, la 2e étape Charleville-Tournai vit la victoire du Belge Guido Reybrouck au sprint, tandis que Rudi Altig conservait son maillot de leader. Le 23 juin, le contre-la-montre par équipe de la 1re demi-étape de la 3e étape autour de Tournai fut remporté par l'équipe Televizer. La 2e demi-étape, Tournai-Dunkerque, fut gagnée par le Néerlandais Gerben Karstens.
Les étapes suivantes apportèrent leur lot de surprises et de batailles tactiques. Le 27 juin, la 7e étape Angers-Royan fut remportée par le Belge Albert Van Vlierberghe. Le 28 juin, le Belge Willy Planckaert s'adjugea la 8e étape Royan-Bordeaux, une journée également marquée par les premiers contrôles antidopage de l'histoire du Tour. Le 29 juin, le Néerlandais Gerben Karstens remporta la 9e étape Bordeaux-Bayonne. La 10e étape, reliant Bayonne à Pau et empruntant le col d'Aubisque, fut gagnée par l'Italien Tommaso de Pra, mais cette étape fut surtout le théâtre d'un coup de maître stratégique de Jan Janssen, qui prit un avantage décisif sur ses rivaux, piégeant notamment Raymond Poulidor en le faisant surveiller Anquetil.
Les Pyrénées furent le théâtre d'une lutte acharnée. Le 1er juillet, l'Italien Marcello Mugnaini gagna en solitaire la 11e étape Pau-Luchon, tandis que Jacques Anquetil et Raymond Poulidor perdaient du temps précieux. Le 3 juillet, l'Allemand Rudi Altig remporta la 12e étape Luchon-Revel, mais la course restait ouverte.
La 14e étape, disputée le 5 juillet, fut décisive. La première demi-étape Montpellier-Aubenas revint au Néerlandais Jo de Roo. Cependant, la seconde demi-étape, un contre-la-montre autour d'Aubenas, vit le Français Raymond Poulidor prendre pour la première fois l'ascendant sur Jacques Anquetil, démontrant une forme ascendante.
Les étapes alpines marquèrent un tournant dans la course. Le 6 juillet, l'Espagnol Luis Otano s'imposa en solitaire dans la 15e étape Privas-Bourg d'Oisans. Jacques Anquetil, comprenant qu'il ne gagnerait pas le Tour, décida de reporter son aide sur son équipier Lucien Aimar. Le classement général voyait alors Karl Heinz Kunde en tête, suivi de Jan Janssen et Lucien Aimar.
Le 7 juillet, l'Espagnol Julio Jimenez s'adjugea la 16e étape Bourg d'Oisans-Briançon, une étape montagneuse redoutable. Jacques Anquetil et Raymond Poulidor terminèrent ensemble, tandis que Karl Heinz Kunde perdait un temps considérable, sortant ainsi du podium.
Les étapes finales virent de nouvelles victoires d'étape, mais le classement général se stabilisait. Le 8 juillet, l'Italien Franco Bitossi remporta la 17e étape Briançon-Turin. Le 10 juillet, le Luxembourgeois Edy Schutz gagna la 18e étape Ivrée-Chamonix, malgré une attaque de Raymond Poulidor. Le 11 juillet, le Belge Ferdinand Bracke s'imposa en solitaire dans la 19e étape Chamonix-Saint-Étienne. Le 12 juillet, le Néerlandais Henk Nijdam remporta la 20e étape Saint-Étienne-Montluçon.
La dernière étape, le 13 juillet, fut une étape en deux demi-étapes : Montluçon-Orléans, gagnée par le Français Pierre Beuffeuil, et un contre-la-montre Rambouillet-Paris. C'est dans ce dernier exercice que Raymond Poulidor réalisa un bond spectaculaire pour monter sur le podium.
Au classement général final, le Français Lucien Aimar remporta le Tour de France, devançant le Néerlandais Jan Janssen et Raymond Poulidor. Ce dernier, malgré une belle remontée, ne put faire mieux que troisième, mais sa performance lui valut la reconnaissance du public et la célèbre morale : "rien ne sert de courir, il faut partir à point".

Les Classiques et Autres Compétitions de 1966
L'année 1966 fut également marquée par de nombreuses autres compétitions cyclistes prestigieuses.
Les Grandes Classiques
- Le 15 mars, le Français Jacques Anquetil remporta Paris-Nice pour la deuxième année consécutive, arrachant la victoire à Raymond Poulidor dans la dernière étape.
- Le 20 mars, le jeune Belge Eddy Merckx, à seulement 20 ans, s'imposa sur Milan-San Remo, signant sa première victoire dans une classique.
- Le 2 mai, Jacques Anquetil ajouta Liège-Bastogne-Liège à son palmarès, s'imposant en solitaire.
- Le 21 avril, le Belge Edward Sels remporta le Grand Prix de la Banque.
- Le 24 avril, le Belge Kamiel Vyncke gagna Bruxelles-Charleroi-Bruxelles.
- Le 18 juin, le Belge Willy Vannitsen remporta le Circuit du Limbourg.
Championnats du Monde sur Piste
Du 29 août au 4 septembre, Francfort (RFA) accueillit les championnats du monde de cyclisme sur piste. L'Italien Giuseppe Beghetto confirma sa domination en remportant le titre mondial de vitesse professionnelle pour la deuxième année d'affilée. Chez les amateurs, le Français Daniel Morelon s'adjugea le titre de champion du monde de vitesse. L'Italien Leandro Faggin décrocha son troisième titre mondial en poursuite professionnelle.
Autres Compétitions
- Le 30 août, le Belge Edward Sels remporta la Coupe Sels.
- Le 17 septembre, l'Italien Michèle Dancelli s'imposa sur le Tour du Latium, qui fut désigné par la fédération italienne comme Championnat d'Italie sur route, Dancelli devenant ainsi champion d'Italie pour la deuxième année consécutive.
- Le 25 septembre, l'Espagnol Domingo Perurena remporta la Subida al Naranco.
- Le 29 septembre, Jacques Anquetil remporta le Grand Prix des Nations pour la neuvième fois, assurant ainsi sa victoire au Trophée Super Prestige Pernod pour la quatrième fois. Son compatriote Raymond Poulidor remporta le Trophée Prestige Pernod pour la deuxième fois.
Championnats du Monde sur Route 1966 : Un Spectacle Mémorable au Nürburgring
Le 4 septembre 1966, l'élite du cyclisme mondial se réunit au Nürburgring, dans l'Eifel, pour les championnats du monde sur route. Plus de 100 000 spectateurs étaient présents pour assister à cette course très attendue.
La course professionnelle masculine fut particulièrement disputée sur le circuit exigeant du Nürburgring. Après une course intense, un groupe d'échappés se forma dans les derniers kilomètres. L'Allemand Rudi Altig, malgré une concurrence féroce, parvint à se détacher et à franchir la ligne d'arrivée en vainqueur, devenant ainsi champion du monde. Eddy Merckx, pourtant l'un des grands favoris, n'eut pas les jambes nécessaires ce jour-là pour rivaliser.

Cependant, l'après-course fut marqué par des controverses. Jacques Anquetil, déçu par sa défaite, refusa de se présenter à la cérémonie de remise des prix. Plus troublant encore, Rudi Altig et cinq autres coureurs furent contrôlés positifs lors du test antidopage obligatoire, entraînant une disqualification et une suspension par l'UCI. Ces sanctions furent finalement levées, mais l'épisode jeta une ombre sur la victoire de l'Allemand.
Ce championnat du monde sur route fut l'un des plus difficiles de l'histoire, avec un dénivelé positif considérable, faisant du circuit du Nürburgring un défi exceptionnel pour les coureurs.
Décès de Cyclistes en 1966
L'année 1966 fut également marquée par le décès de plusieurs figures du cyclisme :
- 25 janvier : Miguel Bover, cycliste espagnol.
- 10 avril : Henri Van Lerberghe, cycliste belge.
- 2 mai : Jean Rossius, cycliste belge.
- 25 mai : Joseph Somers, cycliste belge.
- 25 juillet : Paul Le Drogo, cycliste français.
- 9 septembre : Marcel Godard, cycliste français.
- 29 octobre : Robert Charpentier, cycliste français.
- 5 décembre : Sylvère Maes, cycliste belge.
Tour de France 1966
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