Introduction aux manifestations du 9 janvier
Le jeudi 9 janvier marque une nouvelle journée de mobilisation nationale contre le projet de réforme des retraites. Cette journée, la quatrième depuis le début du mouvement, voit les syndicats (CGT, FO, CFE-CGC, Solidaires, FSU) appeler à une nouvelle journée de grèves et de manifestations partout en France. Après un mois de présence dans la rue des travailleurs pour protester contre ce projet, l'acte III de la mobilisation est engagé, visant à exercer une pression accrue sur le gouvernement.

Déroulement des manifestations à Paris
À Paris, le cortège principal doit s'élancer à partir de 13h30 depuis la place de la République en direction de la place Saint-Augustin, passant notamment par le boulevard Magenta et la Gare du Nord. Ce trajet, d'un peu plus de 3 kilomètres, est un itinéraire peu habituel pour les manifestations parisiennes, déterminé par la Préfecture de police.
L'itinéraire a incité les établissements situés le long du parcours à fermer leurs portes, bien que cela ne soit pas obligatoire. La Préfecture de police a également interdit les rassemblements de gilets jaunes dans plusieurs secteurs de la capitale, afin d'éviter d'éventuels débordements. De nombreux cortèges et bus en provenance des villes de la banlieue parisienne, comme Montreuil, Saint-Denis ou Aubervilliers, sont également attendus.
Affrontements et tensions à Paris
L'ambiance en tête du cortège parisien, arrivé place Saint-Augustin vers 16h30, s'est soudainement tendue. Les forces de l'ordre ont réagi par des charges et des tirs de gaz lacrymogène face à des jets de projectiles. Des manifestants ont ensuite cassé plusieurs vitrines de commerces et des abris bus dans une rue menant à la place Saint-Augustin. La boutique d'une enseigne MAAF a également été vidée de son mobilier.
Des slogans tels que « On est plus fort que les lacrymos », « Grève Blocages manif sauvage » et « Révolution Révolution Révolution » ont été scandés par les manifestants face aux policiers, qui tentaient d'évacuer la place alors que la nuit tombait. Des tensions sont également apparues au niveau de la gare Saint-Lazare, où le reste du cortège était bloqué.
La réponse des forces de l'ordre est jugée « trop souvent disproportionnée » par certains, avec une augmentation du nombre de blessés et de journalistes malmenés. Des interpellations ont eu lieu, notamment celle du journaliste Rémy Buisine, arrêté peu avant le départ de la manifestation, apparemment en raison des équipements de protection qu'il portait, comme un masque à gaz. Il a été relâché après plus de 2h30 de garde à vue. Un photographe membre des collectifs La Meute et Reporters en colère a également été arrêté durant la manifestation.
La Préfecture de police a communiqué sur les affrontements dans le 8e arrondissement, signalant la constitution de « groupes violents » et invitant les manifestants pacifiques à se désolidariser d'eux. Des tirs de LBD à bout portant ont été signalés, soulevant des questions sur la conformité de ces actions avec les principes d'une démocratie et d'une police républicaine.

Bilan des manifestations à Paris
Les chiffres concernant le nombre de manifestants à Paris divergent considérablement. La CGT revendique 370 000 manifestants, ce qui en ferait la mobilisation la plus importante depuis le début du mouvement. Le cabinet Occurrence avance un chiffre de 44 000 manifestants, tandis que le ministère de l'Intérieur en dénombre 56 000. Au total, les syndicats revendiquent près de 600 000 manifestants dans 27 cortèges en France.
La préfecture de police de Paris annonce 24 interpellations à Paris à 18h28. Au total, 16 personnes ont été interpellées en marge de la manifestation du 9 janvier, selon un décompte de la préfecture à 16h15.
Mobilisation dans d'autres villes de France
La mobilisation contre la réforme des retraites s'est étendue à travers plus de 90 villes en France, rassemblant au total 452 000 personnes selon un décompte réalisé par les rédactions de Ouest-France et relayé par l'AFP. Cependant, quasiment toutes les villes enregistrent des chiffres inférieurs à ceux de la première journée de manifestations du 5 décembre 2019.
Bretagne
À Rennes, la nouvelle journée d'action a rassemblé environ 8 000 manifestants. L'intersyndicale d'Ille-et-Vilaine, comprenant la CGT, FO, FSU, Solidaires, Union Pirate, Solidaires Étudiants et FSE, appelle à une nouvelle manifestation.
Pays de la Loire
À Nantes, près de 12 000 personnes ont défilé, selon un décompte de Ouest-France. Ce chiffre est inférieur aux manifestations précédentes (14 000 le 17 décembre, 9 000 le 10 décembre et 21 000 le 5 décembre). La manifestation nantaise est partie du miroir d'eau, et la préfecture a annoncé la fermeture au public de la préfecture.
Du côté d'Angers, près de 5 000 personnes se sont rassemblées dans le centre-ville. Les CRS ont dû utiliser des gaz lacrymogènes, et deux personnes ont été interpellées.
Normandie
À Cherbourg-en-Cotentin, la police a dénombré 3 000 manifestants.
Sud-Ouest
À Bordeaux, le rassemblement a eu lieu place de la République. Le nombre de manifestants a été particulièrement scruté après les écarts enregistrés le 17 décembre, où la préfecture avait comptabilisé 13 000 manifestants, contre 70 000 selon les syndicats.
À Toulouse, la manifestation organisée par l'intersyndicale (CGT, FO, CFE-CGC, Solidaires, FSU) est partie du métro Saint-Cyprien. Le cortège, réunissant cheminots, fonctionnaires, personnels hospitaliers, salariés du privé, avocats, étudiants, s'est dirigé vers le Monument aux Morts. La ville a également connu des perturbations dans les transports et un service minimum d'accueil dans les écoles en raison d'un mouvement de grève.

Auvergne-Rhône-Alpes
À Lyon, le départ de la manifestation a été donné devant la Manufacture des tabacs. Lors de la dernière manifestation, 40 000 personnes étaient présentes selon les syndicats et 17 000 pour la préfecture.
À Clermont-Ferrand, la police annonce 6 000 manifestants, tandis que les organisateurs en revendiquent 18 000.
Provence-Alpes-Côte d'Azur
À Marseille, la manifestation a débuté sur la Canebière. Le député (LFI) des Bouches-du-Rhône, Jean-Luc Mélenchon, a rejoint le cortège, soulignant le soutien nécessaire aux cheminots, chimistes et électriciens.
Hauts-de-France
À Lille, la porte de Paris a été le point de départ de la manifestation. Le 17 décembre dernier, 30 000 manifestants étaient présents selon les syndicats, et seulement 11 000 pour la préfecture. La mobilisation semble moins massive que lors des précédentes journées.
À Boulogne-sur-Mer, 3 000 personnes ont manifesté.
Grand Est
À Strasbourg, la manifestation est partie de la place de la Bourse.
Autres villes
D'autres manifestations ont eu lieu à Béziers (10 000 personnes), Tours (6 500 personnes) et Guéret (1 400 à 2 000 personnes).
À Gravelines dans le Nord, 400 personnes ont filtré l'accès à la centrale nucléaire, la CGT affirmant que la production avait baissé depuis la veille.
Perturbations et impacts de la mobilisation
Comme prévu, les services publics, notamment la SNCF et la RATP, ont été fortement perturbés. Le taux de grévistes à la SNCF, à 32,9%, est presque identique à celui de la dernière grande journée de mobilisation. En Occitanie, 2 TER sur 10 circulaient, principalement assurés par autocar, avec 1 intercité sur 10 et 4 TGV sur 10 annoncés.
À Toulouse, des perturbations ont été signalées chez Tisséo, avec la suspension de la Navette Centre-Ville et de la ligne 31. Des déviations de lignes de bus ont été mises en place.
À l'aéroport de Toulouse-Blagnac, des perturbations étaient à prévoir sur le programme des vols.
À l'université Jean-Jaurès de Toulouse, les examens prévus le 9 janvier ont été reportés, et les étudiants et personnels ont voté la grève reconductible.

Contexte et enjeux de la réforme des retraites
La réforme des retraites, initialement portée par Jean-Paul Delevoye puis par Laurent Pietraszewski, suscite une forte opposition. L'âge pivot est considéré comme « juste et efficace » par le gouvernement, mais rejeté par les syndicats. La question de l'âge d'équilibre reste un point de crispation majeur.
Le projet de loi doit être présenté en Conseil des ministres le 24 janvier et examiné à l'Assemblée nationale dès le 17 février. Les syndicats réclament le retrait pur et simple du projet, la revalorisation des pensions de retraites et une augmentation générale des salaires.
La CFDT, syndicat traditionnellement réformiste et première force syndicale représentative, souhaite négocier mais maintient ses lignes rouges sur l'âge pivot et les carrières pénibles. La cohésion entre les différents syndicats, malgré des divergences stratégiques, reste un enjeu clé pour maintenir la pression sur le gouvernement.