La relation entre le Maroc et la France est complexe et multiforme, traversant les époques et touchant divers domaines, de la diplomatie aux échanges culturels, en passant par le football. Cet article explore ces liens, mettant en lumière des figures emblématiques et des moments clés qui ont marqué cette histoire commune.
Ahmed Faras : Icône du football marocain
Le football marocain a été marqué par la disparition d'Ahmed Faras, ancien capitaine des Lions de l'Atlas. Décédé le mercredi 16 juillet à l'âge de 78 ans des suites d'une longue maladie, il a laissé une empreinte indélébile dans l'histoire du sport marocain et africain.

Ahmed Faras est une figure emblématique qui a mené l'équipe nationale marocaine à son unique sacre en Coupe d'Afrique des nations en 1976. Sa carrière a été entièrement consacrée au club de la Jeunesse de Mohammedia, où il a évolué de 1965 à 1982. Durant cette période, il a remporté le championnat en 1980, la Coupe du Trône en 1972 et 1975, ainsi que la Supercoupe en 1975. Il a également été sacré meilleur buteur du championnat à deux reprises, en 1969 et 1973, inscrivant un total de 16 buts.
En 1975, Ahmed Faras a écrit une page d'histoire en devenant le premier Marocain et Arabe à remporter le Ballon d'or africain, une distinction qui souligne son talent exceptionnel et sa contribution majeure au football de son pays.
Le Capitaine Burel : Une mission diplomatique et militaire au Maroc
L'histoire des relations franco-marocaines inclut également des missions diplomatiques et militaires. Le capitaine Antoine Burel, né le 14 juillet 1773, est une figure notable de ces interactions au début du XIXe siècle.
Enrôlé dans l'armée en 1793, le capitaine Burel a suivi une formation militaire solide, notamment à l'École du génie de Metz. Sa bravoure et son sens de la stratégie lui ont permis d'atteindre rapidement le grade de capitaine. En 1808, alors qu'il servait dans l'armée en Espagne, Napoléon Bonaparte lui confia une mission de reconnaissance d'une importance stratégique au royaume du Maroc. Cette mission visait à évaluer les conditions et les possibilités d'une présence française dans le pays, dans un contexte de rivalité avec l'Angleterre.
Le capitaine Burel a été choisi pour cette tâche délicate par Murat, alors commandant de l'armée en Espagne. Parallèlement, un autre officier, le chef de bataillon Boutin, fut envoyé en Algérie pour une mission similaire. Ces initiatives témoignent de l'intérêt de Napoléon pour l'Afrique du Nord et de sa volonté d'étendre l'influence française dans la région.
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Les enjeux stratégiques et commerciaux entre la France et le Maroc
Depuis des siècles, la position stratégique du Maroc a toujours suscité l'intérêt de la diplomatie française. Dès le règne de François Ier, la France entretenait des relations diplomatiques et commerciales avec le Maroc, notamment par le biais de représentations consulaires permanentes.
Au moment de la Révolution française, plusieurs maisons de commerce, principalement marseillaises, possédaient des antennes au Maroc. Elles importaient des produits français comme les draps et la soie, et exportaient des produits marocains tels que le blé, les chevaux, l'huile et des marchandises venues du Soudan. Cependant, le chiffre d'affaires de ces échanges était relativement faible par rapport à celui avec la régence de Tunis.
Le privilège accordé à la Chambre de commerce de Marseille pour le commerce du Levant et de la Barbarie a eu pour conséquence de réduire les échanges avec d'autres ports français comme Rouen et La Rochelle. La guerre maritime et le Blocus continental sous le Consulat et l'Empire ont porté un coup dur au commerce maritime marseillais, entraînant un marasme économique qui a contribué à l'opposition de la population marseillaise à l'Empire.
Le Maroc, un royaume indépendant face aux ambitions européennes
Au début du XIXe siècle, le Maroc se distinguait comme la seule partie du Maghreb qui ne dépendait pas de l'Empire ottoman. Gouverné par la dynastie des Alaouites, le royaume, sous le règne du sultan Moulay Slimane, était jaloux de son indépendance et cherchait à ne pas s'immiscer dans les affaires européennes.
Après la bataille de Trafalgar, Moulay Slimane se rapprocha de l'Angleterre, perçue comme la puissance occidentale la plus dangereuse pour le Maroc. Cette orientation fut malheureusement encouragée par le comportement du consul général de France, Michel-Ange d'Ornano, qui adopta une attitude peu diplomatique. Les relations franco-marocaines se tendirent, conduisant à une réduction des échanges commerciaux.
Malgré une tentative de réchauffement des relations en 1807, marquée par la réception d'un envoyé extraordinaire du sultan à Saint-Cloud, les discussions furent superficielles et la France n'obtint pas le soutien du Maroc dans l'application du Blocus continental. La question du préside espagnol de Ceuta, revendiqué par le Maroc, ajouta une nouvelle source de tension.

Face à cette situation, Napoléon Bonaparte envisagea des actions militaires pour régler la question de Ceuta et renforcer l'influence française au Maroc. Il donna des ordres à Murat pour mobiliser des troupes et approvisionner Ceuta, tout en envisageant une opération plus large sur les côtes marocaines. L'empereur reçut également l'espagnol Domingo Badia y Leblich, connu sous le nom d'Ali-Bey el-Abassi, qui avait déjà voyagé au Maroc et proposa ses services.
C'est dans ce contexte que le capitaine Antoine Burel fut désigné par Murat pour porter une lettre de Napoléon au sultan du Maroc. Sa mission comprenait également une reconnaissance militaire du pays, l'évaluation des routes, des subsistances, des fortifications et de l'armée marocaine, dans le but de contrecarrer l'influence britannique.
La mission du Capitaine Burel et la réception au Maroc
Le capitaine Burel quitta Madrid le 23 mai 1808 et arriva à Tanger deux semaines plus tard. En raison des traditions marocaines, le sultan voyageant constamment, Burel dut attendre jusqu'au 18 août pour être reçu en audience solennelle à Fès.
Dans son rapport, le capitaine Burel décrit le cérémonial de la réception, l'importance de l'étiquette et la magnificence du sultan, qui se distinguait par sa simplicité vestimentaire mais aussi par les symboles de sa souveraineté, comme le parasol porté derrière lui.
La lettre de Napoléon, remise dans un tissu précieux, était menaçante et exigeait du sultan qu'il se comporte en bon voisin et ami envers la France et l'Espagne. Elle dénonçait l'alliance du Maroc avec les Anglais, qui trouvaient refuge dans ses ports et utilisaient ses territoires pour approvisionner Gibraltar. Cette missive, conforme au style épistolaire de Napoléon envers ceux qui lui résistaient, mit le sultan de mauvaise humeur.
Malgré les efforts des représentants français pour faire pression sur le sultan concernant Ceuta et la réception d'un consul représentant les insurgés espagnols, Moulay Slimane resta ferme. Le capitaine Burel attendit jusqu'en avril 1810 pour pouvoir regagner l'Espagne et la France, où il présenta à Napoléon ses rapports décrivant un Maroc jugé "médiéval" et militairement arriéré.
Le Maroc de 2022 : une équipe nationale avec une forte empreinte française
Plus récemment, la Coupe du monde 2022 a mis en lumière les liens footballistiques entre le Maroc et la France. Sept joueurs de l'équipe nationale marocaine, qui a atteint les demi-finales, ont évolué ou évoluent dans des clubs français.
Parmi eux, on retrouve :
- Zakaria Aboukhlal (Toulouse FC) : attaquant, il a contribué aux bonnes performances de son club en Ligue 1.
- Achraf Hakimi (Paris Saint-Germain) : défenseur important pour le PSG, il est un élément clé de l'équipe marocaine.
- Sofiane Boufal (Angers SCO et Lille OSC) : formé à Angers, cet ailier gauche est un leader technique de l'équipe.
- Azzedine Ounahi (RC Strasbourg, US Avranches, Angers SCO) : jeune milieu de terrain révélation du Maroc, il est indispensable dans le jeu des Lions de l'Atlas.
- Achraf Dari (Stade Brestois) : défenseur central prometteur, il a joué une demi-heure face au Portugal et pourrait être titularisé contre la France.
- Romain Saïss (AS Valence, Clermont Foot, Le Havre AC, Angers SCO) : capitaine des Lions de l'Atlas, né en France, il est un leader défensif de l'équipe.
- Nayef Aguerd (Dijon FCO et Stade Rennais) : défenseur central, il a rejoint West Ham après avoir évolué en France.

La performance remarquable du Maroc, devenant la première nation africaine à atteindre les demi-finales d'un Mondial, a été saluée par le monde entier. La présence de ces joueurs issus du football français souligne la richesse des échanges et des parcours qui lient les deux pays.
Félix Mora : Le recruteur qui a ouvert les portes de la France aux travailleurs marocains
Dans un autre registre, l'histoire des relations entre le Maroc et la France est également marquée par l'immigration de travail. Entre 1960 et 1980, Félix Mora, surnommé "Mogha" par les Marocains, a joué un rôle essentiel en tant que sergent-recruteur pour les Houillères du Nord et de Lorraine.
Pendant près de vingt ans, Félix Mora a parcouru le sud du Maroc, des régions comme le Haut Atlas, Taliouine, Aoulouz, Ouarzazate et Tiznit, pour recruter des jeunes hommes désireux de travailler en France. Des milliers de candidats venaient de loin, parfois parcourant plus de cent kilomètres, pour se présenter à lui. Il a décrit avoir examiné "un million de candidats marocains au moins", sélectionnant ceux qui possédaient l'endurance et les qualités requises pour le travail en mine.

Son action, bien qu'oubliée des livres d'histoire, reste vivante dans la mémoire de dizaines de milliers de familles en France, dont les ancêtres ont traversé la Méditerranée grâce à son intermédiaire. Ces hommes ont contribué au développement industriel de la France, tissant ainsi un autre lien, moins visible mais tout aussi important, entre les deux nations.