Le naufrage du contre-torpilleur Framée et le destin du marin Aimé Louis Marie Malry

Le destin tragique d'Aimé Louis Marie Malry, marin originaire de Séné, est étroitement lié au naufrage du contre-torpilleur Framée. Bien que les registres de l'état civil mentionnent souvent des "anonymes", une mention marginale sur l'acte de décès d'Aimé Louis Marie Malry révèle qu'il a péri dans le naufrage de ce navire.

Parcours d'un marin breton

Né le 8 octobre 1868 à Cadouarn, Aimé MALRY était le fils d'un cordonnier et d'une ménagère. Attiré par la mer, comme beaucoup de jeunes hommes de Séné, il choisit la profession de mousse. Ses débuts dans la marine marchande sont attestés par sa fiche d'Inscrit Maritime aux archives de Lorient, où il embarque comme mousse sur le canot "Armand" le 18 janvier 1885. En 1886, il est recensé avec ses parents.

À l'âge de 20 ans, en octobre 1888, Aimé Malry entame sa conscription, qui prend fin en octobre 1892. Après un bref retour à Vannes, il s'engage pour trois ans en mars 1893. Durant cette période, il navigue sur des bâtiments plus importants tels que le Requin, le Turenne et Le Cassini, s'éloignant des eaux familières du Golfe du Morbihan. Son engagement est renouvelé en novembre 1896 pour trois années supplémentaires, durant lesquelles il embarque sur le Terrible et l'Indomptable pour des missions de plus longue durée. En octobre 1898, il renouvelle une nouvelle fois son engagement de marin.

Carte de la presqu'île de Rhuys et du Golfe du Morbihan, berceau des marins comme Aimé Malry.

La catastrophe du Framée

Le naufrage du contre-torpilleur Framée, survenu dans la nuit du 10 au 11 août 1900, fut une tragédie qui coûta la vie à une grande partie de son équipage. Cet événement eut lieu alors que l'escadre de la Méditerranée croisait au large du Cap Saint-Vincent, au sud du Portugal, en route vers le détroit de Gibraltar.

Les circonstances de la collision

Les récits divergent sur les détails précis de la collision, mais il est établi que le Framée est entré en collision avec le cuirassé Brennus. Selon les témoignages, les deux navires avaient une direction convergente. Le commandant du Framée, le commandant de vaisseau de Mauduit-Duplessix, aurait ordonné de virer à bâbord. Cependant, l'officier de quart du Brennus, ayant perçu le danger imminent, donna l'ordre de faire machine en arrière. Il était malheureusement trop tard.

Le choc fut d'une violence inouïe. Le Framée se coucha sur le flanc, puis se retourna, quille en l'air, tandis que les hélices du Brennus continuaient de tourner dans le vide. La majorité de l'équipage fut surprise dans son sommeil, notamment les chauffeurs et mécaniciens dans la chaufferie.

Illustration schématique de la collision entre le contre-torpilleur Framée et le cuirassé Brennus.

Témoignages et récits

Plusieurs récits de survivants éclairent les horribles moments qui ont suivi le naufrage. Un quatier-maître du Brennus, RIO, aurait tendu sa ceinture de cuir au commandant de Mauduit-Duplessix, qui refusa l'aide, encourageant ses hommes à se sauver. Un autre témoignage, celui d'un membre de l'équipage du Brennus, décrit comment le Framée, évoluant à vive allure, s'est retrouvé sur l'étrave du cuirassé. L'officier de quart du Brennus, le lieutenant de vaisseau Dumesnil, tenta d'éviter le choc en virant sur tribord et en inversant les machines, mais la masse du cuirassé et la vitesse du torpilleur rendirent toute manœuvre d'évitement impossible.

Les cris des hommes se noyant résonnaient dans la nuit : "Au secours ! Au secours, je me noie...". Malgré les efforts des sauveteurs et les objets flottants lancés, nombreux furent ceux qui succombèrent aux tourbillons et aux remous provoqués par le naufrage. Les embarcations du Brennus parvinrent à sauver 14 hommes sur les 61 membres d'équipage du Framée. Le silence qui suivit la disparition des derniers cris fut assourdissant.

Des détails particulièrement poignants émergent de ces récits : le refus héroïque du commandant de Mauduit-Duplessix de se sauver seul, l'agonie des hommes pris au piège dans la chaufferie surchauffée, ou encore le cas d'un homme qui, malgré la proximité d'une planche salvatrice, ne parvint pas à la saisir avant de disparaître.

Causes du naufrage et responsabilités

Les commandements donnés par le commandant du Framée, passant de 105 à 150 tours de machine, suggèrent une tentative de se rapprocher du Brennus pour ne pas être "culé" (dépassé). L'officier mécanicien principal, M. Jules Couppé, fit preuve d'un grand courage en aidant ses hommes à s'échapper de la machine avant de succomber lui-même. Le second officier, l'enseigne Epaillard, se trouvait dans sa chambre au moment du choc.

Il est difficile de déterminer avec certitude toutes les causes de la catastrophe. L'homme de barre du Framée, qui aurait pu apporter un éclairage crucial, n'a pas survécu. Il est possible que le commandant de Mauduit-Duplessix, fraîchement débarqué après plusieurs années à terre, n'ait pas perçu le danger à temps, ou que des ordres contradictoires ou mal interprétés aient conduit à la tragédie. Le fait que le Framée n'ait jamais navigué en escadre pourrait également avoir joué un rôle.

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Un monument à la mémoire

En souvenir des marins disparus lors du naufrage du Framée, un monument a été érigé à Lorient. Le destin d'Aimé Louis Marie Malry, comme celui de ses camarades, est ainsi gravé dans la mémoire collective, rappelant les dangers de la vie en mer et le prix du devoir.

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