MotoGP Électrique : L'Aube d'une Nouvelle Ère sur Deux-Roues

Introduction à la MotoE

La MotoE, nouvelle catégorie 100% électrique du championnat du monde de moto, fait ses grands débuts sur la scène internationale. Cette discipline inédite réunit des pilotes sur des machines électriques identiques, marquant une étape significative dans l'évolution du sport motocycliste.

Quelques mois après le triste incendie survenu à Jerez, qui a détruit la structure d'accueil et la quasi-totalité des machines de course, la grille du MotoE fait son grand retour en Allemagne sur le circuit du Sachsenring pour la première manche du championnat. Les deux premières courses, initialement prévues à Jerez et au Mans, ont été annulées en raison de cet incident lié à la recharge des batteries. Un nouveau programme de six courses sur quatre sites a finalement été mis au point pour un début en juillet.

Illustration du logo MotoE

Les Machines : Energica Ego Corsa et Ducati V21L

Premier élément essentiel de cette nouvelle compétition : toutes les motos alignées sont identiques. Initialement, il s'agissait de l'Energica Ego Corsa, fabriquée par Energica Motor Company. Cette moto possède 147 chevaux électriques, garantissant une vitesse de pointe d'environ 250 km/h. Elle pèse environ 260 kg et affiche une accélération de 0 à 100 km/h en seulement trois secondes. Les temps réalisés lors des essais à Valence étaient au niveau de la Moto3.

Dès 2023, une nouvelle machine a pris le relais : la Ducati V21L. Cette moto de course électrique est une unité unique, développée par Ducati pour le championnat. Le pack batterie, élément le plus contraignant en termes de masses et de dimensions, pèse 110 kg et offre une capacité de 18 kWh avec une prise de charge de 20 kW intégrée. L'arrière est composé d'un bras oscillant en aluminium de 4,8 kg, avec une géométrie similaire à celle de la Ducati Desmosedici de MotoGP. L'onduleur, pesant 5 kg, est dérivé d'un modèle haute performance utilisé en course automobile pour véhicules électriques. Le moteur, d'un poids de 21 kg, a une vitesse de rotation maximale de 18 000 tr/min et a été développé par un partenaire selon les spécifications de Ducati. Ces caractéristiques permettent d'atteindre une vitesse de 275 km/h sur des circuits comme le Mugello.

Brembo équipe les motos avec un double disque en acier de 338,5 mm de diamètre à l'avant, dont l'épaisseur accrue est choisie entre 6,8 et 7,4 mm. Ces disques comportent des ailettes sur le diamètre intérieur pour améliorer le refroidissement. Deux étriers GP4RR M4 32/36 avec un maître-cylindre radial PR19/18 agissent sur ce double disque. Le constructeur de Borgo Panigale a réuni une équipe de designers de Ducati et de Ducati Corse pour créer ce prototype, mêlant compétences exceptionnelles. Ducati Corse a travaillé sur la conception des pièces électroniques, les contrôles logiciels, les simulations de dynamique et d'aérodynamique, ainsi que sur l'assemblage et les tests.

Schéma technique de la moto Ducati V21L

Performances et sensations de pilotage

La moto Energica Ego Corsa, avec ses 160 chevaux et 20 mkg de couple, offre une accélération foudroyante, comparable à celle d'une 1000 cm³ hypersportive de série, mais sans la moindre inertie. Le couple est presque le double de celui d'une 1000 hypersportive préparée pour la course, et ce, pour 70 kg de plus. Le démarrage s'effectue sans le moindre son moteur, juste trois petits "bips" façon Casio, le moteur électrique attendant les ordres. L'accélération initiale est douce et progressive, mais une fois la poignée bloquée en butée, la tête et le buste sont projetés en arrière par un vacarme assourdissant.

Le freinage est tout aussi surprenant, projetant le pilote en avant. Le premier tour est spectaculairement lent, le pilote s'appliquant à charger les pneus à l'accélération et à freiner fort pour maintenir un semblant de chauffe. La moto s'inscrit en courbe de manière précise et sans effort, malgré ses 258 kg. L'absence de boîte de vitesses, bien que perturbante au début, devient rapidement intéressante, car toute l'attention du pilote est consacrée aux repères et aux trajectoires.

Sur la ligne droite des stands, la poussée est monstrueuse dans le premier tiers. Cependant, une fois passée la zone de couple (entre 0 et 6000 tours), le moteur électrique atteint progressivement son maximum de 11 500 tours. Cela signifie que la moto marche très fort en bas, mais pas autant en haut régime. Paradoxalement, ces motos sont totalement dénuées d'électronique : pas de contrôle de traction, pas d'antiwheeling, pas d'ABS. Cela exige une attention vitale au freinage et à l'accélération. De plus, la masse de la moto, bien que ne gênant pas en entrée de courbe, se fait sentir lors des changements d'angle. Il faut nettement plus anticiper un changement d'angle au contre-braquage, en adoptant une trajectoire plus ronde et en donnant plus d'impulsion avec le corps. Le pilote ressort tout aussi épuisé mentalement d'un tour rapide.

Le freinage finit par montrer ses limites avec 258 kg à arrêter. Energica a doté les motos d'un système de récupération d'énergie : lorsque l'on ferme entièrement la poignée d'accélérateur, le moteur utilise la rotation de la roue arrière pour recharger les batteries. Le niveau de récupération est réglable et provoque plus ou moins de frein moteur. Un bouton noir sur le commodo gauche permet d'ajouter du frein moteur supplémentaire. Les pilotes du championnat MotoE confirment qu'il faut jeter la moto en virage malgré une vitesse d'approche trop élevée, car les pneus et le train avant surdimensionnés peuvent encaisser. Les pneus empruntés à la catégorie reine permettent des prises d'angles supérieures à celles des MotoGP (plus de 68°).

Melandri Lap at Valencia on the Energica Ego Corsa - November 2019

Les Pilotes et les Équipes

Dix nationalités différentes sont représentées en Coupe du Monde MotoE : l'Australie, le Brésil, l'Italie, l'Espagne, l'Angleterre, la France, la Finlande, la Suisse, la Belgique et Saint-Marin. Parmi les 18 concurrents, répartis en 12 équipes, deux ont été sacrés champions du monde en Grands Prix : le Français Mike di Meglio (125cc en 2008) et Nico Terol (125cc en 2011). Cinq autres ont déjà gagné des courses : Randy De Puniet, Alex De Angelis, Bradley Smith, Xavier Siméon et Sete Gibernau, ce dernier étant le seul à avoir triomphé dans la catégorie reine.

On note la présence de trois Français : Mike Di Meglio, Randy De Puniet, et le champion du monde d'endurance Kenny Foray, qui roule dans l'équipe tricolore Tech3. La pilote Espagnole Maria Herrera est la seule femme à tenter l'aventure électrique. Dans cette nouvelle compétition, les wildcards ne sont pas autorisés.

Le Week-end de Course

Chaque week-end de MotoE se compose d'essais libres, d'une qualification et d'une course, à l'instar des autres catégories du championnat du monde. Cependant, contrairement à la MotoGP, Moto2 et Moto3, les essais libres ne déterminent pas les pilotes qualifiés d'office pour la qualification. Une autre particularité est l'absence de tour de chauffe avant la course.

La saison inaugurale a été sérieusement bouleversée par l'incendie de mars 2019 à Jerez. Un nouveau programme de six courses sur quatre sites a été mis au point fin mars pour débuter en juillet. Cette première saison, incluant douze équipes et une grille de 18 pilotes, s'est déroulée jusqu'en novembre. La seconde saison a été disputée sur sept manches et trois circuits différents, reportée en juillet en raison de la pandémie de COVID-19.

La troisième édition a vu le retrait du team Marc VDS, invoquant des conflits d'horaires. Sept courses étaient programmées, la première se tenant en mai à Jerez. La dernière manche à Assen a été marquée par un incident entre Dominique Aegerter et Jordi Torres, où Torres a chuté tout en franchissant la ligne d'arrivée en vainqueur, avant qu'une pénalité ne rétrograde Aegerter.

La quatrième saison a été disputée sur douze courses à six endroits différents. Depuis la saison 2023, la MotoE a obtenu le statut de Championnat du Monde. La sixième saison a été disputée sur seize courses à six endroits différents.

Comparaison avec d'autres motos électriques

Les motos électriques gagnent du terrain sur le marché. La Super SOCO TC Max, avec son cadre en acier/aluminium et son moteur brushless 3kW, offre une vitesse de pointe de 100 km/h pour 100 km d'autonomie, se positionnant comme une option écologique et accessible.

Dans une gamme de prix plus élevée, la LS 218 Lightning se distingue comme une moto électrique de luxe surpuissante. La Sur-Ron Light Bee est une motocross électrique destinée aux amateurs de tout-terrain, atteignant 45 km/h sur voie publique avec une autonomie de 100 km.

Harley Davidson propose son modèle haut de gamme silencieux, le LiveWire, propulsé par son moteur "Revelation" (105 chevaux), atteignant 100 km/h en 3 secondes, avec une autonomie de 230 km en ville et 150 km sur route grâce à sa batterie Samsung de 15,5 kWh. La recharge s'effectue comme sur une voiture électrique, avec la possibilité de recharge rapide.

Parmi les motos électriques sportives, l'Energica Eva Ribelle 2020 est équipée d'un moteur de 145 chevaux. Le Sunra Miku Super est équipé de deux batteries amovibles (72V 20Ah). La Horwin CR6 combine puissance et style Café Racer, offrant 150 km d'autonomie, un confort de conduite et une franche accélération, avec un prix public à partir de 6 300€.

La Zero DSR Black Forest Edition, avec son look baroudeur, est dotée d'un moteur "Z-Force" de 62 kWh et offre une autonomie de 150 km en conduite mixte, pouvant atteindre 200 km en utilisation urbaine.

Le Masai Vision 3000 est un supermotard idéal pour la zone urbaine, promettant jusqu'à 60 km d'autonomie, doublable avec une seconde batterie.

Enfin, la Arc Vector se démarque par son look futuriste et une autonomie de plus de 400 km en milieu urbain grâce à sa batterie de 16,8 kWh. Elle propose une vitesse maximale de 200 km/h et un 0 à 100 km/h en 3,2 secondes.

Comparaison visuelle de différents modèles de motos électriques

L'Avenir de la Moto Électrique

La Dorna lance le championnat du monde de moto électrique, le MotoE, marquant l'entrée du sport moto dans une nouvelle ère. Ces machines, bien que modernes, sont étonnamment dépourvues d'électronique avancée, demandant une grande attention de la part des pilotes. L'absence de boîte de vitesses, loin d'être un inconvénient, libère le pilote pour se concentrer pleinement sur la trajectoire et les repères.

Ces motos représentent la première pierre d'un édifice dont personne ne connaît encore l'ampleur. Elles forcent le respect de leurs précurseurs, comme l'équipe Energica, le promoteur Nicolas Goubert de Dorna, ainsi que les pilotes et les équipes engagés. Malgré leur courte existence par rapport à l'évolution séculaire des motos thermiques, les machines de MotoE distillent une passion immense, promettant un avenir passionnant pour la course motocycliste électrique.

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