La conduite d'une moto en virage est un art qui varie considérablement selon le type de machine et la discipline pratiquée. L'observation d'un motard sortant le pied en virage, geste typique du supermotard, soulève des questions sur les techniques et les raisons de ces postures spécifiques, notamment en comparaison avec la conduite d'une moto sportive où l'on privilégie généralement le maintien des genoux serrés sur le réservoir pour une stabilité accrue.
Comprendre la spécificité du Supermotard
Le Supermotard, ou SM, se distingue par une approche de pilotage différente de celle d'une moto sportive, d'un custom ou d'un trail. Contrairement à une moto sportive où le pilote incline fortement la moto tout en restant relativement droit, le pilote de Supermotard adopte une posture qui lui permet d'exploiter au mieux les capacités de sa machine, souvent haute sur pattes, dans les virages.

Le pied à terre : une technique aux multiples fonctions
L'un des gestes les plus emblématiques du Supermotard est la sortie du pied, généralement le pied intérieur au virage. Cette pratique, bien que parfois jugée ostentatoire ou inutile en milieu urbain, revêt plusieurs fonctions importantes, tant sur piste qu'en situations d'urgence.
Le pied comme indicateur d'angle
Sur piste, sortir le pied, tout comme poser le genou sur une sportive, sert de jauge. Il offre un repère visuel et physique permettant au pilote d'évaluer l'angle pris par la moto. Cette technique aide à sentir le limite d'adhérence et à ajuster la trajectoire en conséquence.
Le pied comme outil de rattrapage
En cas de glissade, que ce soit de l'avant ou de l'arrière, le pied sorti peut jouer un rôle crucial dans le rattrapage de la moto. En Cross et en Supermotard, le pied peut servir à compenser une perte d'adhérence. La position idéale consiste à tendre la jambe vers l'axe de la roue pour décentrer les masses. Le buste se balance alors vers l'extérieur du virage, accentuant le contrebraquage, ce qui est indispensable si la moto est en glisse.
Plusieurs témoignages confirment l'efficacité de cette technique à basse vitesse. Un motard raconte avoir évité une chute sur une plaque de gravillon à 40 km/h en posant simplement sa botte au sol. Une autre expérience évoque une moto qui "tombe" à une intersection à petite vitesse, rattrapée grâce à un coup de pied.

Il est important de noter que cette capacité de rattrapage est principalement efficace à faible allure. Au-delà de 40-50 km/h, la moto a tendance à glisser plutôt qu'à tomber verticalement, rendant l'intervention du pied moins déterminante face aux forces en jeu.
La position du corps pour une prise de virage optimale
La manière dont le corps interagit avec la moto est fondamentale pour une conduite efficace et sécuritaire en virage. Les principes du Supermotard, comme d'autres disciplines, insistent sur une bonne position et une adaptation constante.
Serrer la moto : la clé du ressenti
Un principe essentiel est de rouler "serré en bas, relâché en haut". Cela signifie que tout le bas du corps (pieds, genoux, cuisses, bassin) doit être en contact étroit avec la moto. Serrer le réservoir entre les genoux permet de mieux sentir la machine, d'influer sur son comportement et, paradoxalement, de relâcher les bras. Des mains souples et détendues sont cruciales pour ne pas perturber la trajectoire de la moto.
Le ressenti de l'équilibre de la moto est primordial. Si la vue est le moyen principal de perception de cet équilibre, le contact physique avec la machine, notamment par les cuisses, permet de le ressentir plus finement. Pour cela, il est nécessaire de serrer les pieds pour pouvoir ensuite bien sentir l'équilibre par la face interne des cuisses.
L'équilibre à moto! Quelques trucs!
Le regard et la trajectoire
Comme dans toute conduite moto, le regard doit être dirigé loin, vers la sortie du virage. Ce principe est d'autant plus important en Supermotard, où l'angle peut être prononcé. Le regard lointain permet d'anticiper et de préparer la réaccélération.
Adapter sa position à son rythme
La position sur la moto doit être adaptée à son rythme. En conduite coulée, une position plus "en ligne" peut suffire. Les pieds jouent un rôle dans la gestion des appuis, permettant d'accentuer ou de contrebalancer le déséquilibre. Appuyer sur le repose-pied intérieur, par exemple, aide à mieux sentir l'angle et à piloter la moto.
Techniques de virage et types de motos
Il est souvent avancé que pour un trail ou un Supermotard, la technique de virage diffère de celle d'une moto "normale". Plutôt que d'appuyer sur le guidon du côté où l'on veut tourner, il est parfois conseillé de tirer légèrement sur le guidon du côté opposé, une forme de "braquage inverse" qui aide à placer la moto.
La différence de comportement entre une moto et une autre est notable. Un trail, par exemple, ne se pilote pas comme un Supermotard. L'exemple d'un motard passant d'une ER-6 à un trail illustre ce propos : la confiance pour plonger dans les virages avec l'une ne se transpose pas automatiquement à l'autre, souvent en raison des caractéristiques de la machine et du manque d'audace pour "plonger".
Dans des conditions d'adhérence précaire, comme la pluie, il est conseillé de ne pas se raidir au guidon, de garder les bras fléchis et souples, et de bien tourner la tête pour regarder loin. La tendance à élargir en sortie de virage peut être due à une crispation du guidon ou à un regard trop focalisé sur la roue avant.
Styles de pilotage en virage
Deux styles principaux de positionnement du corps en virage peuvent être distingués:
- Le pilote "à l'intérieur" de la moto : Le buste est fortement incliné vers l'intérieur du virage, la tête suivant le mouvement. Cette position est préconisée sur circuit avec une bonne visibilité et sans circulation en sens inverse. Elle permet d'incliner moins la moto, réduisant le risque de perte d'adhérence, et offre la possibilité de tourner avec la moto presque droite à faible vitesse. L'inconvénient est une visibilité potentiellement réduite sur la sortie du virage.
- Le pilote "à l'extérieur" du corps : Le corps est positionné plus à l'extérieur du virage, la tête étant également à l'extérieur. L'avantage est une meilleure visibilité de la sortie du virage, permettant de réaccélérer plus tôt et d'avoir plus de sécurité. Cette position facilite également les corrections de trajectoire ou le freinage en cas d'obstacle imprévu. L'inconvénient peut être une inclinaison de la moto qui peut sembler effrayante et nécessite de bons pneus et une route sèche.
Le choix de la technique dépendra de l'adhérence, de la visibilité et du type de moto. En cas de bonne adhérence et de visibilité claire, le pilote a plus de liberté dans son choix de positionnement.
Quand le pied sort en ville ?
L'utilité de sortir le pied en ville est souvent remise en question. Pour certains, cela n'a aucun intérêt et peut même être dangereux, risquant d'accrocher la botte sur le bitume. D'autres le font par plaisir ou par habitude, notamment dans les ronds-points où l'angle peut être important. L'argument avancé est que freiner dans ces situations est le meilleur moyen de chuter, et que le pied sorti peut offrir une alternative pour gérer une perte d'adhérence soudaine de l'avant.
Cependant, il est reconnu que la technique du pied à terre est plus une méthode pour attaquer en courbe qu'une technique d'apprentissage. Pour un trail comme le XR 125, qui est avant tout une moto tout-terrain, l'utilisation du pied en virage n'est pas la méthode la plus appropriée pour une conduite sécuritaire.

En résumé, la sortie du pied en Supermotard est une technique multifonctionnelle, servant à la fois de repère d'angle, d'outil de rattrapage en cas de glissade, et s'inscrivant dans une posture globale visant à optimiser le contrôle de la moto en virage. Bien qu'elle puisse sembler inhabituelle ou superflue en milieu urbain, elle fait partie intégrante de la philosophie de pilotage de cette discipline et peut s'avérer utile dans certaines situations.
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