La Honda CBX 1000, lancée en 1978, a profondément marqué son époque, s'imposant comme une prouesse technique incarnée par son moteur six cylindres en ligne. Fascinante par sa sophistication, elle représentait une révolution mécanique, élevant le standard des grosses cylindrées. Son rugissement unique et sa technologie avancée en ont fait une légende instantanée, mais aussi une monture exigeante à maîtriser et à entretenir.

Naissance d’un Chef-d’œuvre Mécanique
Conçue à partir des expérimentations de Honda en Grand Prix dans les années 1960, la CBX embarque un bloc moteur de 1 047 cm³, refroidi par air. Ce moteur se distingue par sa double arbre à cames en tête (ACT), ses 24 soupapes et ses six carburateurs Keihin de 28 mm. Son châssis tubulaire a été spécifiquement calibré pour accueillir ce moteur monumental tout en assurant une rigidité suffisante. Avec une puissance d'environ 105 chevaux à 9 000 tr/min dès ses premiers modèles, la CBX s'affirme comme la plus puissante de sa catégorie, capable d'atteindre les 220 km/h.

Les Contraintes du Raffinement
Cependant, cette sophistication mécanique entraînait des contraintes notables. La synchronisation des six carburateurs était une opération particulièrement fastidieuse et chronophage. Pour y accéder, il était nécessaire de déposer la ligne d'échappement et de basculer le moteur vers l'avant, une procédure complexe pouvant prendre plusieurs heures. De plus, la distribution nécessitait un réglage tous les 6 000 km, via un système à pastilles sous godets, une tâche délicate et coûteuse.
Fiabilité : L’Envers du Décor
Les premiers modèles de la CBX 1000 ont souffert de problèmes de surchauffe, particulièrement à l'arrêt. Le positionnement peu pratique du robinet d'essence pouvait entraîner l'inondation d'un cylindre si la moto était garée sur sa béquille latérale. Pour pallier ce défaut, Honda a procédé à un rappel afin de modifier les trop-pleins et de remplacer les robinets par des modèles à dépression.
D'autres faiblesses ont été identifiées : des soudures internes du stator parfois défectueuses pouvaient causer des démarrages aléatoires à chaud. Des bruits suspects provenant du carter moteur et un jeu excessif au niveau du bras oscillant pouvaient également affecter la fiabilité perçue de la machine. La CBX exigeait donc une surveillance régulière et un entretien rigoureux pour délivrer pleinement son potentiel.

Une Dynamique Contrastée
En ordre de marche, la CBX 1000 frôlait les 272 kg, un poids conséquent pour une machine orientée sport-tourisme. Son cadre tubulaire manquait de rigidité, et les suspensions d'origine, notamment le bras oscillant arrière, étaient jugées trop souples. Ce manque de rigueur se traduisait par un comportement imprécis lors de conduites sportives, particulièrement dans les enchaînements rapides de virages. Honda a réagi à ces critiques en renforçant le châssis et en introduisant un bras oscillant plus rigide sur les versions 1981 et 1982.
Le système de freinage, composé de disques à simple piston, se révélait insuffisant pour maîtriser le poids de la machine, surtout lors de freinages appuyés. De nombreux utilisateurs ont rapporté des voilages de disques après quelques milliers de kilomètres.
HONDA 1000 CBX SOUND
Évolutions Successives : D’Hypersport à GT
La carrière de la CBX 1000 s'est déclinée en plusieurs versions, marquant une évolution de sa philosophie :
- CBX-Z (1978-1979) : La version originale, délivrant 105 ch, équipée d'un double amortisseur arrière et arborant un design "nu" emblématique.
- CBX-A (1980) : Légère réduction de puissance (environ 98 ch) pour se conformer aux normes américaines et européennes. La production fut limitée à environ 4 950 unités.
- CBX-B (1981) : Repositionnement vers le sport-tourisme avec l'adoption du système de suspension arrière mono-amortisseur Pro-Link, l'ajout d'un carénage et de valises latérales, ainsi qu'un nouveau cadre renforcé.
- CBX-C (1982) : Continuation du modèle B, avec des finitions légèrement retouchées.
Des artisans spécialisés, tels que Moto Martin, ont proposé des cadres tubulaires sur mesure, plus rigides et légers, permettant d'exploiter pleinement le potentiel du moteur sans les contraintes dynamiques de la partie cycle d'origine.
Un Chef-d’œuvre mais Imparfait
La Honda CBX 1000 demeure une moto d'exception, née d'une ambition technique sans précédent. Bien qu'elle n'ait pas été un best-seller, elle reste une légende mécanique aux charmes puissants, admirée pour sa technologie et redoutée pour ses exigences. Véritable icône des années 1970, elle incarne la volonté de Honda de démontrer son savoir-faire sans compromis, quitte à défier la logique commerciale.
Certains propriétaires soulignent que la consommation de la CBX est souvent exagérée par la légende, se situant généralement entre 7 et 9 litres/100 km en conduite normale. Pour dépasser les 10 litres, il faut soit une machine mal réglée, soit une conduite très sportive. Le freinage d'origine, bien que source d'inquiétude, peut être corrigé par le remplacement du maître-cylindre par un modèle plus adapté, améliorant significativement la sécurité.
Le poids de la machine, bien que conséquent, est parfois considéré comme un défaut majeur qui aurait pu être mieux compensé par une partie-cycle plus performante. Cependant, sa capacité d'emport et son confort sur longs trajets sont appréciés. Le moteur six cylindres est unanimement loué pour ses performances, son caractère et sa sonorité uniques, nécessitant toutefois un temps de chauffe conséquent avant une utilisation intensive.
Des modifications et améliorations ont été apportées par des passionnés, comme le remplacement des étriers de frein Tokico par des Brembo à 4 pistons, la fabrication de platines intermédiaires pour l'alignement, ou encore l'adaptation d'un bras oscillant de CB 900 Bol d'Or. La selle a également pu être modifiée pour améliorer le confort.
Dans le domaine de la compétition, des préparations extrêmes ont vu le jour, comme la "La Bête", une Honda CBX six cylindres de 1977 préparée pour les pistes australiennes, développant 130 chevaux. Ces machines de course, bien que basées sur le moteur d'origine, bénéficient de modifications profondes du cadre, de la distribution, de l'alimentation et du freinage pour atteindre des performances exceptionnelles.
La restauration de ces motos classiques est une entreprise passionnante, nécessitant une attention méticuleuse aux détails, que ce soit pour les versions américaines ou européennes. L'histoire de la CBX est aussi celle d'une époque où les motos se distinguaient par leur look et leur sonorité, contrastant avec les productions plus homogènes d'aujourd'hui.
La CBX 1000 est considérée comme un pas de plus vers la modernité dans l'histoire de la moto, tout comme l'a été la CB750 dix ans plus tôt. Son moteur exceptionnel contraste avec une partie cycle jugée moyenne à l'origine (cadre, freins, jantes, suspensions). Cependant, l'ensemble était d'une grande beauté et d'un soin remarquable, le moteur participant activement à la rigidité du cadre.
Malgré son coût élevé à l'époque, la CBX a représenté un rêve pour de nombreux jeunes motards, marquant une rupture avec les machines plus conventionnelles. L'engouement pour la restauration et la personnalisation de ces motos témoigne de leur statut iconique.