Le Festival de Cannes, anciennement connu sous le nom de Festival international du film de 1946 à 2002, est une manifestation cinématographique de renommée mondiale qui se déroule chaque année dans la ville de Cannes, située dans les Alpes-Maritimes. Pendant douze jours, généralement durant la seconde quinzaine de mai, ce festival rassemble des professionnels du cinéma et des cinéphiles du monde entier.
L'idée de créer un festival international de cinéma en France germe dès la fin des années 1930, en réaction à ce qui est perçu comme une ingérence politique dans la sélection des films du Festival de Venise. Philippe Erlanger, Émile Vuillermoz et René Jeanne, choqués par l'influence des gouvernements nazi et fasciste sur la Mostra de Venise, proposent à Jean Zay, alors ministre de l'Éducation nationale et des Beaux-arts, et à Albert Sarraut, ministre de l'Intérieur, l'organisation d'un festival cinématographique indépendant. Jean Zay donne une réponse favorable à cette proposition le 26 décembre 1938. Le projet reçoit également le soutien des Américains et des Britanniques, qui avaient boycotté la Mostra de Venise, s'engageant à promouvoir ce « festival du monde libre ».

Les Origines et la Création du Festival
La genèse du Festival de Cannes remonte à une volonté de la France de renforcer son prestige culturel, déjà manifeste lors de l'Exposition universelle de 1937. L'organisation d'une compétition internationale de films était envisagée pour contrebalancer l'influence des festivals européens existants. Les critiques de cinéma et Philippe Erlanger, directeur de l'Association française d'action artistique, soumettent l'idée d'un festival politiquement indépendant en France à Jean Zay et Albert Sarraut. Cet élan est encouragé par les représentants de l'industrie cinématographique américaine et britannique.
Plusieurs villes françaises, telles qu'Aix-les-Bains, Biarritz, Cannes, Le Touquet et Vichy, ainsi que des villes hors de France métropolitaine comme Alger, Lucerne et Ostende, manifestent leur intérêt pour accueillir l'événement. Après une sélection initiale, Philippe Erlanger, qui a mûri l'idée lors de son retour de la Mostra de Venise en 1938, retient finalement deux villes : Biarritz et Cannes. Les infrastructures hôtelières et les capacités d'accueil pour les projections sont des critères déterminants.
Une intense compétition s'engage entre Cannes et Biarritz pour obtenir l'organisation du festival. Les directeurs d'hôtels de luxe à Cannes, Henri Gendre et Jean Fillioux, mettent en avant leurs établissements et la salle de projection du Casino municipal. Le gouvernement met en place un comité de coordination pour évaluer les candidatures. Cannes renforce son offre en promettant une participation financière accrue et la construction d'un palais dédié au festival. Face à cette contre-offre jugée insuffisante, Biarritz retire sa candidature, laissant ainsi la voie libre à Cannes.
Pour le premier Festival, l'affiche est créée par le peintre Jean-Gabriel Domergue, cannois d'adoption. Elle représente un couple de spectateurs applaudissant, symbolisant l'accueil réservé à cet événement naissant. Les préparatifs battent leur plein avec l'arrivée des vedettes d'Hollywood, amenées par la Metro-Goldwyn-Mayer. Des projets ambitieux, comme la construction d'une réplique de Notre-Dame de Paris sur la plage, sont envisagés. Cependant, le 1er septembre 1939, jour prévu pour l'ouverture, les troupes allemandes envahissent la Pologne, entraînant l'annulation définitive du festival.
Le Festival d'Après-Guerre et son Institutionnalisation
Après la Seconde Guerre mondiale, le Service cinématographique des armées (SCA) et le Comité de libération du cinéma français (CLCF) jouent un rôle dans la production cinématographique. Il est un temps envisagé que le Festival de Cannes et la Mostra de Venise s'alternent chaque année, mais cette idée ne se concrétise pas. En 1946, le Festival connaît un succès notable, et une nouvelle édition est attendue pour 1947.
Le gouvernement refuse cependant de financer un festival annuel, ce qui conduit à la construction précipitée du Palais des Festivals par le syndicat pour accueillir l'édition de 1947. Le Palais des Festivals, également connu sous le nom de palais Croisette, est inauguré le 11 septembre 1947. Malheureusement, sa toiture inachevée s'envole lors d'un orage à la fin du festival. Robert Favre Le Bret prend la direction du Festival en 1947 et met en place une commission de sélection, instaurant un processus plus structuré pour le choix des films.
Sous la direction de Robert Favre Le Bret, le Centre national de la cinématographie informe la commission de sélection des dates et règlements des autres festivals internationaux, ainsi que des délais d'envoi des films. Les producteurs sont ensuite invités à soumettre leurs œuvres. Ces films doivent se conformer aux règles de censure de l'époque, et la liste finale est validée par les ministères concernés, notamment pendant la période de la Guerre froide.
En 1951, le Festival s'installe définitivement au printemps, abandonnant une période trop proche de celle de la Mostra de Venise et du Festival de Locarno. La Palme d'or, trophée emblématique du festival, est créée en 1955 à l'initiative de Robert Favre Le Bret pour remplacer le « grand prix du Festival international du film ». Le conseil d'administration choisit un dessin de Lucienne Lazon, et la première Palme d'or est décernée à Delbert Mann pour son film Marty.

Le Festival de Cannes comme Événement Cinématographique Mondial
À partir des années 1950, Cannes s'affirme comme le plus grand événement du cinéma mondial. Le festival évolue, se concentrant davantage sur le cinéma lui-même, comme le souhaitait le critique André Bazin, et s'éloignant des mondanités, du patriotisme et de la diplomatie qui avaient marqué ses débuts. De grands cinéastes tels que Roberto Rossellini, Federico Fellini, Ingmar Bergman, Elia Kazan et Joseph L. Mankiewicz y présentent des œuvres majeures.
En 1959, le prix de la mise en scène récompense François Truffaut pour Les Quatre Cents Coups, un film qui avait précédemment critiqué le festival. La même année, Alain Resnais présente Hiroshima, mon amour, qui suscite une vive réaction, trois ans après le scandale de son documentaire Nuit et Brouillard.
L'année 1959 marque également la naissance du premier Marché du film, une plateforme essentielle pour les échanges commerciaux dans l'industrie cinématographique, devenue aujourd'hui la première plateforme mondiale pour le commerce international du film.
La Semaine internationale de la critique est créée en 1962, avec pour objectif de mettre en lumière les premières et deuxièmes œuvres de cinéastes du monde entier. De nombreux réalisateurs talentueux, tels que François Ozon, Alejandro González Iñárritu et Julie Bertuccelli, ont été découverts grâce à cette section.
En 1965, le Festival rend hommage à Jean Cocteau en le nommant président d'honneur à vie. L'année 1968 est marquée par une interruption du Festival le 19 mai, suite aux manifestations étudiantes qui envahissent le Palais des Festivals. Des cinéastes influents comme François Truffaut, Jean-Luc Godard et Roman Polanski se joignent au mouvement étudiant, protestant notamment contre la destitution d'Henri Langlois de son poste de directeur de la Cinémathèque française. Plusieurs réalisateurs retirent leurs films de la compétition en signe de solidarité.
Mai 68 au Festival de Cannes
La Quinzaine des réalisateurs est créée en 1969 par Pierre-Henri Deleau, avec pour maxime « Cinéma en liberté ». Cette section vise à présenter des films étrangers réalisés par des cinéastes moins connus, qui ne font pas partie de la sélection officielle. L'événement, organisé rapidement, projette 62 longs métrages et 26 courts métrages.
En 1972, Robert Favre Le Bret est nommé président et Maurice Bessy délégué général. Avant cette période, les films présentés étaient choisis par les États. Maurice Bessy instaure des comités de sélection pour la France et pour le cinéma international. L'année suivante, la section Perspectives du cinéma français est inaugurée. Gilles Jacob devient délégué général et crée la Caméra d'or, récompensant le meilleur premier film de toutes les sections, ainsi que la section Un certain regard, dédiée aux films en marge de la distribution et mettant souvent à l'honneur le cinéma de genre.
Sous l'impulsion de Gilles Jacob, la durée du Festival est réduite, passant de 15 à 13 jours, puis à onze jours, et le nombre de films sélectionnés est également diminué. Le Festival défend activement la liberté d'expression et de création, s'opposant à la censure et aux pressions internationales. Des cinéastes comme Carlos Saura, Luis García Berlanga et Juan Antonio Bardem luttent contre les contraintes de la dictature franquiste, tandis que le cinéaste géorgien Otar Iosseliani est accueilli favorablement.
Modernisation et Évolutions Récentes
Au fil des ans, la composition des jurys évolue. Initialement composés de membres de l'Académie française, les jurys sont désormais majoritairement constitués de personnalités reconnues de l'industrie du cinéma. Dès les années 1960, des figures comme Fritz Lang président le jury, consacrant des œuvres telles que Les Parapluies de Cherbourg. Bien que des intellectuels et des artistes extérieurs au monde du cinéma puissent faire partie du jury, le président est aujourd'hui une personnalité du cinéma internationalement reconnue.
La couverture télévisuelle du Festival passe d'Antenne 2 dans les années 1970 et 1980 à Canal+ à partir des années 1990. En 1983, le Palais des Festivals est remplacé par une structure plus moderne et spacieuse, surnommée le « Bunker », bien que critiquée par certains.
Pierre Viot succède à Robert Favre Le Bret en tant que président du Festival en 1984. Gilles Jacob lui succède en 2001, nommant Thierry Frémaux à son ancien poste de délégué général. L'année 2016 marque un changement dans la conception des affiches du Festival, qui cessaient de représenter une figure du cinéma pour adopter une approche plus conceptuelle.
En 1998, Gilles Jacob fonde la Cinéfondation, une initiative visant à soutenir la création cinématographique mondiale et à offrir aux nouveaux cinéastes l'opportunité de côtoyer des professionnels établis. La Cinéfondation accueille chaque année une dizaine de réalisateurs pour les accompagner dans leur projet, leur offrant une résidence à Paris et une aide à l'écriture de scénario.
En 2018, le Festival de Cannes, aux côtés de la Quinzaine des réalisateurs et de la Semaine de la critique, est l'un des premiers à signer la Charte pour la parité et la diversité, soulignant un engagement croissant en faveur de l'égalité des genres et de la représentation au sein de l'industrie cinématographique.
Le Festival de Cannes continue d'être un lieu d'échanges et de débats sur l'avenir du cinéma, comme en témoignent les discussions sur la classification des films et la conception des infoboxes, qui visent à améliorer la clarté et la pertinence des informations présentées.