En avril 1994, l'entreprise MBK, filiale du groupe japonais Yamaha Motors, basée à Saint-Quentin, annonçait le lancement d'une nouvelle collection complète de vélos pour septembre de la même année. Cette initiative visait à dynamiser son vaste réseau commercial européen, comptant 2 000 points de vente MBK, et à explorer de nouvelles collaborations avec d'autres acteurs européens du cycle tels que Gitane et Peugeot. MBK, anciennement connue sous le nom de Motobécane, prévoyait de se distinguer par une large gamme d'options, d'accessoires et de composants rares, s'appuyant sur son expertise en mécanique de précision. La stratégie de MBK était de proposer une alternative qualitative face à la grande distribution, qui importait des vélos d'Asie et dominait le marché français avec une part significative des ventes.
Depuis le rachat de l'entreprise par le groupe Yamaha en 1988, MBK avait connu une croissance notable, doublant son chiffre d'affaires et s'imposant sur le marché des scooters. L'investissement annuel de 40 millions de francs dans l'innovation, représentant 3 à 4 % du chiffre d'affaires, témoignait de la dynamique de l'usine et de ses 1 354 employés, qui s'étaient adaptés à une organisation et une formation de type japonais, ouvrant ainsi la voie à de nouveaux secteurs de production.
Les origines : La naissance de Motobécane
L'histoire de Motobécane remonte à 1923, lorsque MM. Alphonse Tallet, Charles Benoît et Abel Bardin conçurent leur premier motocycle, la MB1. Le 11 décembre de la même année, grâce au soutien de Jules Bénézech, les « Ateliers de la Motobécane » furent officiellement créés à Pantin. Le premier modèle, la Motobécane, était équipé d'un moteur monocylindre deux temps de 175 cm³ et d'une transmission par courroie.
L'année suivante, en 1925, la Société des Ateliers La Motoconfort fut fondée à Pantin dans le but de produire la MC1, une moto de plus grosse cylindrée (308 cm³), portant la mention « Moteur Motoconfort Licence Motobécane ». Motoconfort devint ainsi une marque de Motobécane.
L'essor des cyclomoteurs et des motos
En 1929, Motobécane lança la production des BMA (Bicyclettes à Moteur Auxiliaire). Ces véhicules légers, équipés d'un moteur deux temps de 100 cm³ et de pédales, pouvaient être conduits sans permis par les personnes âgées de seize ans et plus, à condition de ne pas dépasser 30 km/h ni peser plus de 30 kg. La catégorie BMA disparut après la Seconde Guerre mondiale, mais Motobécane avait produit environ 150 000 unités en dix ans.
Durant les années 1930, Motobécane s'affirma comme un constructeur majeur de motos, proposant une gamme variée de cylindrées. Des prototypes de 750 cm³ à quatre cylindres furent développés, et en 1933, la société lança sa première moto quatre temps de 250 cm³. Une moto à quatre cylindres en ligne fut également produite en très petite quantité.

Évolutions et défis au fil des décennies
L'année 1964 marqua l'arrêt de la fabrication de la série « Z ». Plus tard, fin 2002, la production de cyclomoteurs prit fin en raison de l'interdiction de commercialisation des véhicules non conformes aux normes Euro 2 après le 30 juin 2003.
En 2009, l'usine turque Beldeyama, où Yamaha détenait 20 % des parts, ferma ses portes suite au retrait de Yamaha du partenariat. Cette usine produisait des pièces et des cyclomoteurs sous licence MBK.
L'activité « marine » de MBK, représentant 12 % de son chiffre d'affaires en 2013, prit fin en 2014 avec le transfert de la production de petits moteurs hors-bord en Thaïlande. Cette activité employait 120 personnes.
La transition vers MBK et la stratégie Yamaha
En 1983, Motobécane fit faillite. Xavier Maugendre, avec des associés, se porta acquéreur et créa la société "MBK Industrie". Initialement, Yamaha Motor détenait 10 % des parts, avant que le groupe n'en devienne l'actionnaire principal en 1986.
La stratégie de Yamaha consistait à moderniser les outils de production, à investir dans des robots et des machines d'injection plastique pour permettre à MBK de fabriquer ses propres pièces techniques. Cette approche a permis à MBK de lancer des modèles emblématiques comme le Booster 50 cm³ en 1990, qui devint un succès auprès des jeunes. La production de scooters 125 cm³ débuta en 2000.
(Yamaha) MBK Flame 125 Scooter! First Start after 3 Years! Will it Start ?
L'usine de Saint-Quentin : un centre de production majeur
L'usine MBK Industrie située à Saint-Quentin, dans l'Aisne, est devenue un pilier de la production du groupe. À l'automne 2017, elle employait près de six cents salariés, répartis sur trois lignes de production principales couvrant une surface de 115 000 m². Ces lignes étaient dédiées aux motos (125 à 700 cm³), aux gros scooters (125 à 400 cm³) et aux scooters de 50 cm³.
L'automatisation à 80 % des processus de production permettait une capacité de fabrication quotidienne de deux cents unités par ligne. Le chiffre d'affaires annuel était principalement généré par les scooters les plus puissants et les motos.
Face à la baisse du marché des deux-roues de 50 cm³, attribuée à l'essor des smartphones, l'usine a réorienté sa production vers les maxi-scooters, prisés par les cadres des métropoles.
L'héritage de Motobécane et l'ère MBK
Le 1er avril 1994, MBK annonçait le lancement d'une collection complète de vélos, incluant des vélos de course, tout terrain, des citybikes et des cycles pour enfants. Cette diversification visait à renforcer la présence de la marque sur le marché européen, en s'appuyant sur son réseau de 2 000 points de vente et en explorant des partenariats avec des marques comme Gitane et Peugeot.
En 1969, Motobécane avait tenté un retour sur le marché des 125 cm³ avec la présentation de la 125 Standard, suivie par les modèles Luxe, LT, LT1, LT2 et LT3. Ces machines se distinguaient par leurs innovations techniques, comme le moteur à cylindres en alliage d'aluminium et l'allumage électronique. Cependant, certains éléments, tels que l'absence de clé de contact et de béquille latérale, ainsi que des compteurs et comodos vieillissants, étaient considérés comme des lacunes par rapport aux standards modernes.
Les années 1980 ont vu Motobécane s'aventurer dans le domaine des vélos-cross avec des modèles comme le 41 MX, le MX 20 (puis MX 21) et le MX 30 (puis 31, 32), qui ont rencontré un certain succès grâce à leurs couleurs vives et leurs caractéristiques adaptées à la pratique du cross.
En 1983, suite à la faillite de Motobécane, la société "MBK Industrie" fut créée, avec une participation progressive de Yamaha jusqu'à en devenir l'actionnaire majoritaire en 1986. Cette nouvelle ère a vu MBK se diversifier, notamment avec la production de moteurs hors-bord et de scooters emblématiques.

Innovation et production actuelle
L'usine de Saint-Quentin, certifiée ISO 9001 et ISO 14001, a continué d'innover. En 2015 et 2016, elle a été confiée par Yamaha la production de motos telles que la XSR700 et la Tracer 700, démontrant la confiance du constructeur japonais dans le savoir-faire français.
En 2019, près de 72 000 deux-roues motorisés sont sortis des chaînes de montage de Saint-Quentin, incluant motos et scooters de plus de 125 cm³. L'usine a prouvé sa capacité de production avec 22 XSR700 produites en une heure.
La production de vélos a également été un aspect important de l'histoire de MBK. En 2013, 95 % des scooters MBK étaient fabriqués en France, arborant un label "Fabriqué en France" comme gage de qualité.
Aujourd'hui, l'usine de Saint-Quentin compte 544 salariés qualifiés, dont beaucoup ont été formés à des techniques avancées, contribuant à la réputation de fiabilité et de qualité des produits MBK.