Après des études de droit et plusieurs expériences dans des cabinets d’avocats à Paris et Lausanne, Amina Lanaya est entrée à l’Union Cycliste Internationale (UCI), l’instance dirigeante du cyclisme mondial, en janvier 2006 en tant que juriste. Elle y a notamment travaillé sur les questions d’antidopage. En 2013, elle a changé de fonction pour occuper le poste d’adjointe du Directeur Général. Quatre ans plus tard, elle a franchi une étape supplémentaire pour devenir directrice générale par intérim, avant d’être confirmée à cette fonction en 2018.
À 40 ans, elle dirigeait alors à Aigle, en Suisse, une équipe de 120 personnes, entre la fédération internationale et le Centre Mondial du Cyclisme UCI. Amina Lanaya est la première femme directrice générale de l’UCI.

Une carrière au sein de l'UCI
Débuts et évolution
Amina Lanaya a rejoint le service juridique de l’UCI en 2006. Elle y a côtoyé plusieurs présidents avant David Lappartient, tels que Hein Verbruggen, Pat McQuaid et Brian Cookson. Elle a ainsi cheminé, le nez dans les procès-verbaux, apprenant tout sur les contrats, les règlements et les calendriers, développant une vision transversale de l’institution. Elle a également acquis une culture du vélo en échangeant avec d’anciens coureurs professionnels devenus élus ou membres du staff.
Elle a confié que son passage pendant sept ans au service juridique de la Fédération a été l’expérience la plus formatrice. Cette période, qui a coïncidé avec les années Lance Armstrong, a été l’une des plus délicates pour l’UCI, marquée par une perte de crédibilité et la nécessité de se reconstruire. Cette expérience a forgé la femme qu’elle est aujourd’hui.
Nomination à la Direction Générale
Très vite après son élection à la tête de l’UCI, le président David Lappartient a nommé Amina Lanaya directrice générale. Elle a pris ses fonctions dans une période particulièrement complexe, marquée par la pandémie de COVID-19. Cette crise sanitaire a révélé la capacité de l’UCI à diriger les échanges et à se faire entendre, tout en gérant une situation économique inédite avec le report des Jeux de Tokyo.

Parcours et influences
Origines et éducation
Amina Lanaya est d’origine franco-marocaine et issue d’une famille modeste. Son père, immigré marocain, a fait carrière à la SNCF. Elle a grandi dans un quartier ouvrier de Dijon, au sein d’une fratrie de huit enfants, dont sept filles. Son père insistait sur l'importance des études pour ses filles, leur répétant : « En tant que femmes, ne vous rendez jamais dépendantes d’un homme financièrement. Faites vos études, ayez votre travail, un bon travail. » Il soulignait que « c’est là que ça se joue, à l’école, c’est là qu’il faut que vous ayez de bons résultats pour vous ouvrir toutes les portes ».
Elle reconnaît avoir eu de la chance de grandir et de faire ses études en France. Elle se décrit comme une « self made woman », issue d’un milieu où la force de caractère et la détermination étaient valorisées. Elle n’a jamais vécu comme une tare le fait d’avoir grandi dans une cité, car ses résultats scolaires parlaient pour elle et elle a toujours eu de très bons professeurs qui reconnaissaient son travail.
Une approche du management
Amina Lanaya se décrit comme une passionnée qui aime les gens, le dialogue et les échanges. Elle cherche à comprendre les choses et à les faire comprendre à ses collaborateurs, allant au bout des choses tout en essayant de ne pas négliger l’aspect humain. Elle a été très heureuse et fière de constater la capacité des différentes parties prenantes du cyclisme à travailler ensemble depuis le début de la crise sanitaire.
Elle met en avant trois valeurs essentielles : la passion pour son travail, l’unité, prouvant que le monde du vélo peut travailler ensemble malgré des décennies où cela n’a pas toujours été démontré, et la loyauté, indispensable dans l’activité professionnelle comme dans la vie personnelle.
En 20 ans à l'UCI, je n'ai jamais ressenti cela auparavant - Amina Lanaya à propos de l'organisat...
Une femme influente dans le sport
Briser les stéréotypes
Bien que parfois méconnue du grand public, Amina Lanaya gère une structure puissante. Elle a rencontré des situations où on a pu la prendre pour une serveuse ou un coureur ne pas lui serrer la main, pensant peut-être qu’elle était là pour tenir l’ombrelle. Ces expériences, bien que blessantes, ne l’ont pas définie en tant que femme, mais en tant qu’être humain. Elle ne s’oppose pas frontalement dans ces situations, préférant une approche diplomatique : « Si demain, David Lappartient me demande un café, j’irai. Mais, je lui expliquerai gentiment que la prochaine fois il pourra le faire tout seul. »
Elle ne se considère pas comme une féministe extrémiste. Elle estime que le changement doit venir naturellement, avec des hommes qui s’assurent de la présence accrue de femmes dans la gouvernance, et des mentors pour les aider, non par obligation mais par conviction. Elle pense que ce changement de culture commence dès la maison, en expliquant à ses enfants que le genre ne détermine pas la supériorité. Elle croit en la nécessité d’outils et de formations, ce que l’UCI met en place, pour donner envie aux femmes d’accéder à des postes à responsabilité et aux hommes de les aider.
Un binôme avec David Lappartient
David Lappartient la décrit comme une femme qui sait reconnaître la valeur des gens, femme ou homme, et qui croit que c’est aux individus de faire leurs preuves. Il souligne qu'ils ont encore du travail à faire, mais qu'ils y arriveront, étant tous deux jeunes. Ensemble, ils ont créé un circuit d’élites féminine, des équipes de 1re division, un congé maternité, un salaire moyen largement réévalué et un salaire minimum, avançant « step by step ».
Amina Lanaya a affûté sa lame politique aux côtés de David Lappartient, qui lui a appris à évaluer toutes les situations et à intégrer la perception et la politique dans sa grille d’analyse, même lorsque la logique dicterait une autre direction. Elle considère David Lappartient comme son « dernier président », louant leur relation de binôme, leur travail sur la même longueur d’onde et son côté exécutif et présent. Elle admire sa force et son optimisme, notamment pendant la pandémie, où il lui disait : « Ne vous en faites pas, Amina. On y arrivera. »

Reconnaissance et qualités professionnelles
Amina Lanaya a gagné le respect dans les couloirs de l’UCI et même au-delà, jusqu’au CIO, grâce à une autorité naturelle. Elle est décrite comme une femme de pouvoir, dotée de l’élégance de sa position, capable de faire passer les messages avec la même efficacité qu’un homme, faisant preuve de souplesse, de délicatesse et partageant des convictions fortes avec le président. Ses collaborateurs la décrivent comme d’une zénitude incroyable, humaine, et dirigeant une institution à taille humaine.
Marc Madiot, patron de la Groupama-FDJ, la considère comme le bras droit de David Lappartient, soulignant sa loyauté et sa parfaite compréhension de son rôle. Elle est décrite comme investie, drôle, bosseuse et rigoureuse. Pendant le confinement, elle a découvert Zwift, pratiquant trois sessions par semaine, une activité lui permettant de s'entraîner le soir en toute sécurité, indépendamment de la météo.
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