À Limoges, l'usage du vélo pour les déplacements quotidiens est en nette augmentation. De plus en plus de Limougeauds, y compris des parents transportant leurs enfants, font le choix de ce mode de transport, souvent propulsé par l'assistance électrique. L'accessibilité des vélos électriques à des prix abordables a levé certains freins, rendant le vélo une option viable pour un plus grand nombre d'habitants, même ceux qui ne sont pas particulièrement sportifs.
Le service de location de vélos V'lim connaît un succès notable, témoignant de l'intérêt croissant pour la pratique cyclable. De plus, des aides financières à l'achat de vélos, mises en place par l'État et Limoges Métropole, encouragent davantage l'acquisition de bicyclettes.

Un potentiel de développement encore limité
Malgré ces tendances positives, la part des déplacements effectués à vélo à Limoges reste faible, estimée entre 1 et 2%. Cet indice est loin de l'objectif national de 9% pour 2024 et des moyennes observées dans d'autres villes françaises exemplaires, où elle peut atteindre 10 à 20%, voire environ 40% à Amsterdam.
De nombreux habitants de Limoges expriment le désir d'utiliser davantage leur vélo au quotidien, mais hésitent à franchir le pas par manque de sécurité. Les statistiques montrent une corrélation inverse entre le nombre d'accidents mortels et le linéaire de pistes cyclables disponibles. Les aménagements cyclables ne sont pas une exclusivité des métropoles ; leur développement est bénéfique pour toutes les villes.
L'analyse de la carte cyclable de Limoges révèle une quasi-absence d'aménagements sécurisés en centre-ville, ainsi qu'une discontinuité flagrante des itinéraires existants. Cette situation est bien perçue par les Limougeauds, comme en témoigne le classement de Limoges à la 28ème place sur 35 parmi les villes de plus de 100 000 habitants dans le baromètre cyclable 2021. La ville accuse un retard significatif dans de nombreux domaines liés à la pratique du vélo.

Les freins à une pratique cyclable sécurisée
Les témoignages des citoyens soulignent un manque de proactivité de la ville en matière de développement cyclable, malgré une augmentation constatée du nombre de cyclistes ces dernières années. L'expérience de cyclistes expérimentés, ayant vécu dans des villes plus cyclables comme Toulouse, Berlin, Copenhague ou Cambridge, met en évidence un décalage important. Limoges est perçue comme une ville figée dans les années 80, avec des infrastructures routières qui favorisent la voiture, alors que des aménagements cyclables pourraient être créés facilement par simple marquage au sol.
La limitation de vitesse à 30 km/h en centre-ville, bien qu'en vigueur, n'est pas toujours respectée. Les quelques aménagements réalisés ne constituent pas de véritables pistes cyclables sécurisées. La situation est jugée très en retard par rapport à d'autres villes françaises, rendant la cohabitation entre cyclistes et automobilistes particulièrement compliquée, notamment en l'absence quasi totale d'aménagements cyclables en dehors des zones périphériques et commerciales.
Le « tout voiture » reste la norme, même en plein centre de Limoges. Les revendications des cyclistes actuels et potentiels se concentrent sur la création de pistes cyclables sécurisées et la limitation de la vitesse des véhicules motorisés. Il est souligné que Limoges dispose de l'espace nécessaire pour construire et entretenir des pistes cyclables, et pour accorder la priorité aux vélos sur les véhicules à moteur.
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Les politiques publiques et les obstacles rencontrés
Limoges Métropole a mis en place un schéma directeur vélo, le SDIAC, visant à développer des aménagements cyclables sécurisés. Les élus ont privilégié les aménagements des points noirs entre les communes de première couronne et les boulevards périphériques de Limoges. Le SDIAC, bien qu'en cours de déploiement et commençant à porter ses fruits, ne prévoit aucun aménagement cyclable dans le centre de Limoges, à l'intérieur des boulevards. Pourtant, cette zone concentre la plus forte densité de population et présente le plus grand potentiel et les besoins les plus importants en matière d'aménagements sécurisés et continus.
Le vélo est présenté comme une solution pour réaménager le centre-ville et redonner de l'espace aux piétons, aux cyclistes et à la végétation. Cependant, le développement cyclable se heurte à des difficultés, la municipalité étant parfois réticente à faire des compromis et privilégiant souvent la voiture.
Le budget du SDIAC a été progressivement augmenté, passant de 0,5 M€/an à 1 M€ puis 2 M€ par an, ce qui est salué. Néanmoins, ce budget reste modeste comparé aux dépenses annuelles consacrées aux travaux de voirie (22 M€) ou aux feux de circulation (0,7 M€).
Des projets d'aménagement cyclable ont été initiés, comme celui sur la rue de Bellac en 2021, qui a obtenu un financement de 113 600 €. Cependant, la municipalité a refusé la suppression du stationnement, entraînant l'abandon du projet et la perte du financement. Un autre projet est actuellement à l'étude sur l'axe entre l'Aurence et Couzeix, mais celui sur la rue de Bellac n'est toujours pas à l'ordre du jour.
Les collectivités qui obtiennent des financements conséquents pour les aménagements cyclables sont celles qui disposent de projets ambitieux et déjà prêts. L'objectif est de travailler avec la ville de Limoges pour développer un réseau cyclable sécurisé et continu.
Un cadre légal insuffisamment appliqué
Un article de loi impose aux collectivités de réaliser des aménagements cyclables à chaque rénovation de rue depuis 1998. Or, pendant 25 ans, la quasi-totalité des rues de Limoges ont été rénovées sans que cette disposition soit systématiquement appliquée. En 2022, l'association Véli-vélo a engagé un recours auprès du tribunal administratif concernant des travaux réalisés sans piste cyclable sur l'avenue Louis de Broglie.
La séparation des compétences, notamment le pouvoir de police de circulation du maire qui décide seul des sens de circulation et du stationnement, freine de nombreux projets et contribue au retard accumulé.
Bien que des aménagements cyclables aient vu le jour ces dernières années, ils se limitent souvent à un simple marquage au sol. Pour offrir une place réelle au vélo et garantir des aménagements continus et sécurisés, une réaffectation de l'espace actuellement occupé par la voiture est nécessaire.
La rue François Perrin, par exemple, est une artère importante de l'ouest de Limoges, déjà empruntée par de nombreux cyclistes. Cependant, le fort trafic automobile dissuade d'autres usagers potentiels. Le décès d'un cycliste à l'automne, qui aurait pu être évité par une piste cyclable sécurisée, n'a pas entraîné de réaction politique immédiate, aucun aménagement n'ayant été prévu depuis cinq mois sur le lieu de l'accident.
Cette inaction politique pourrait avoir des conséquences juridiques pour les collectivités, comme l'a montré le cas de Rennes, où la Métropole a été mise en examen suite à un accident mortel impliquant une cycliste.

Les promesses et la réalité des aménagements
Lors de la campagne des municipales de 2020, le maire sortant, Émile-Roger Lombertie, avait promis "plusieurs kilomètres de voies cyclables en plus ces prochaines semaines à Limoges". Les "coronapistes" réalisées au printemps 2020 se sont avérées être des couloirs de bus où les vélos étaient autorisés à circuler, mais sans être séparés du trafic par une bordure physique. Cette configuration, où les cyclistes sont coincés entre des bus, n'est pas adaptée pour les familles et décourage de nombreux usagers.
Pour tenter de progresser malgré ces blocages, Véli-Vélo a présenté en 2022 des propositions d'aménagements cyclables tactiques, réalisables sur les rues suffisamment larges sans modifier la circulation ou le stationnement. Ces propositions sont restées sans suite.
Le manque de vision à long terme pour l'aménagement des boulevards de Limoges est également déploré. À ce jour, il n'existerait aucun plan finalisé concernant les aménagements cyclables à l'intérieur des boulevards, ce qui est pourtant essentiel pour anticiper les besoins futurs.
Bien que le Schéma des Mobilités Urbaines existe à la mairie de Limoges pour une vision globale des déplacements, Véli-Vélo n'y est plus associé depuis de nombreuses années.
La pratique du vélo à Limoges progresse lentement, principalement en raison de l'absence de pistes cyclables sécurisées en centre-ville, malgré la demande forte des habitants. Il est préconisé de prévoir dès maintenant les investissements nécessaires et de profiter de l'arrivée du BHNS et de la piétonisation du cœur de ville pour proposer un projet global et ambitieux pour la ville.
Le Bike Park Limousin : une offre VTT complémentaire
En parallèle des enjeux urbains liés au vélo, la région de Limoges offre également des opportunités pour la pratique du VTT. Le Bike Park Limousin, situé à seulement 20 minutes de Limoges et à proximité du lac de Saint-Pardoux, dans les Monts d'Ambazac en Haute-Vienne, propose une expérience VTT de descente et d'enduro.
Ce Bike Park, ouvert toute l'année, s'est imposé comme un spot VTT incontournable de Nouvelle-Aquitaine depuis 2017. Il dispose de 19 pistes de VTT descente (vertes, bleues, rouges, noires), d'un dénivelé de 300 mètres et s'étend sur 150 hectares de nature préservée. Il est conçu pour accueillir tous les niveaux, des débutants aux riders confirmés, ainsi que les familles.
Le Bike Park offre des services tels que des navettes pour remonter sur les pistes, la location d'équipement (VTT Enduro SUNN et VTT de descente SCOTT), des installations pour le nettoyage des vélos, ainsi que des douches. Des moniteurs expérimentés sont également disponibles pour des sessions d'encadrement et de perfectionnement technique.
Pour la détente et la restauration, la « Ferme des Vignes » propose des produits locaux et de la bière, avec une option d'hébergement à la Ferme de la Chevêche à proximité.

Le Bike Park Limousin s'engage également dans le respect de l'environnement en collaboration avec l'ONF.
Il existe également des parcours cyclotouristes dans la région, notamment autour de Saint-Léonard-de-Noblat, ville chère à Raymond Poulidor. Ces parcours, allant de balades familiales à des circuits plus sportifs de plus de 140 kilomètres, permettent de découvrir la nature et les sites touristiques de la Haute-Vienne.