Charles Pélissier, né le 20 février 1903 dans le 16e arrondissement de Paris, est une personnalité marquante de l'histoire du cyclisme français. Coureur professionnel de 1923 à 1939, il s'est distingué par ses performances, sa popularité et son style unique, devenant l'un des "aristocrates" de son sport.
Enfance et débuts dans le cyclisme
Charles Pélissier naît à Paris et est le dernier d'une fratrie de cinq enfants. Sa mère, Élisa-Augustine Cas, originaire de Revin, travaille comme serveuse avant de rencontrer son mari, Jean Pélissier, originaire du Cantal, qui s'installe à Paris et tient une "Vacherie de l'Espérance". En raison de la profession de sa mère, le jeune Charles est mis en nourrice dans la famille Puechjean à Meymac, en Corrèze, jusqu'à l'âge de quatre ans, y retournant chaque été pour les vacances.
Il fréquente l'école maternelle de la rue Boissière, puis l'école communale de la rue Decamps. En octobre 1912, en raison de résultats scolaires décevants, il est envoyé en pension à Saint-Nicolas-de-Buzenval, où il obtient son certificat d'études primaires en 1916. Durant cette période, il est apprécié des autres élèves, en partie grâce à la popularité de son frère aîné, Henri, qui commence sa carrière professionnelle.
À la fin de l'année 1913, Henri Pélissier, fraîchement vainqueur du Tour de Lombardie, offre à Charles son premier vélo, une marque Thomann. Dès lors, Charles consacre une grande partie de son temps libre à l'entraînement.
Apprenti mécanicien et cycliste amateur
Malgré son désir de suivre la voie de ses frères Henri et Francis et de devenir cycliste professionnel, son père, qui a transformé sa laiterie en garage en 1912, souhaite qu'il reprenne son activité de mécanicien. À sa sortie de pension, Charles est placé en apprentissage au garage Dupont, puis quitte cette entreprise pour rejoindre le garage Bondis, où son salaire est considérablement augmenté.
Durant l'été 1917, en Auvergne, il participe à plusieurs courses cyclistes locales et remporte ses premiers prix. Son vélo Thomann est repeint aux couleurs d'un constructeur d'Aurillac, Counor, qui le prend en charge et l'engage dans diverses épreuves. En 1918, Charles Pélissier remporte le championnat de fond du Cantal, une course de 100 kilomètres derrière entraîneurs à vélo. Cependant, il est déclassé car son frère Francis figure parmi ses entraîneurs, ce qui est interdit par le règlement.
À Paris, avec des amis cyclistes comme Gabriel Marcillac et Avanti Martinetti, il fonde le Vélo Club de Passy, dont l'existence est de courte durée en raison de difficultés financières.
En 1920, Charles Pélissier obtient une licence de coureur amateur au Club Sportif de la Seine. Parallèlement, il est engagé comme mécanicien à la Compagnie Générale des Taxis à Levallois. L'année suivante, il entre aux PTT en tant que releveur de boîtes postales, effectuant des tournées à vélo dans le 16e arrondissement, mais il est rapidement renvoyé.
Début 1922, il rejoint le journal parisien "Le Bulletin des Halles" et obtient une licence au Club Athlétique des Sports Généraux (CASG). Ses performances en tant qu'amateur sont modestes, avec une victoire dans Versailles-Rambouillet. Il participe également au succès de son frère Francis dans Bordeaux-Paris en tant qu'entraîneur. Il se distingue dans le Grand Prix de Clôture, menant la course avant de chuter et d'abandonner.

Débuts professionnels et premiers scandales
Malgré des débuts modestes, Charles Pélissier est contacté par René Maisonnas, directeur sportif de l'équipe J.B. En cours de saison, les frères Pélissier rejoignent la formation Automoto suite à un conflit entre Francis, Henri et leur ancien directeur sportif. Après un abandon sur Paris-Bruxelles, Charles obtient son meilleur résultat de la saison sur la Polymultipliée, terminant troisième.
Il enregistre ensuite une série d'abandons, notamment sur le Circuit de Paris, et s'attire les critiques de nombreux journalistes en raison de sa liaison avec une prostituée, ce qui, selon eux, le détourne de sa carrière cycliste. Charles Ravaud déclare dans les colonnes de L'Auto : « Ça n'est plus un coureur cycliste, c'est un fer à repasser. »
Service militaire et incidents
Charles Pélissier effectue son service militaire en tant que mécanicien d'aviation au camp d'Avord. Un poste de cycliste est spécialement créé pour lui, lui offrant des facilités d'entraînement. Malgré cela, il participe au Grand Prix de la Dépêche du Berry sans autorisation, terminant deuxième derrière Marcel Gobillot, et est sanctionné à son retour à la caserne. Affecté ensuite à l'École militaire de Paris, il est nommé caporal cycliste grâce à l'intervention de Marcel Delarbre.
Libéré de ses obligations militaires fin octobre 1924, il est envoyé en Auvergne par ses frères pour se refaire une santé, sous la supervision de leur soigneur personnel, Henri Manchon.
Les incidents du Tour de France 1925 et les critiques
En juillet 1925, alors qu'il se trouve dans les Pyrénées pour reconnaître le parcours du Critérium du Midi, il assiste au passage des coureurs du Tour de France au col du Tourmalet, parmi lesquels son frère Francis. Voyant Francis en difficulté, Charles s'en prend violemment aux officiels et aux journalistes présents dans les voitures suiveuses.
Le soir même, lors du repas des coureurs à Luchon, il provoque un nouveau scandale en soutenant Ottavio Bottecchia, leader de l'équipe Automoto, qui souhaite boire une bouteille de champagne malgré l'opposition de son directeur sportif. Ces événements, couplés à l'abandon de Francis Pélissier le lendemain, attirent les sarcasmes d'Henri Desgrange et de son journaliste Henri Decoin, qui déclare dans L'Auto : « Si je connais Charles Pélissier, c'est grâce à ses frères Henri et Francis qui, eux, ont réalisé d'admirables performances. Et si je sais que Charles Pélissier est coureur cycliste, c'est simplement parce qu'il se promène déguisé en coureur. J'ai beau chercher dans le dictionnaire sportif, je ne trouve pas un Pélissier prénommé Charles. Henri et Francis sont des paons. Ils ont de belles plumes et Charles Pélissier leur en chipe de temps en temps, se les colle dans le dos et se balade sur les routes sportives en faisant le geai. »
Premier succès professionnel et affirmation (1925-1926)
Pour faire taire les critiques, Charles Pélissier se fixe l'objectif de gagner une course avant la fin de la saison. Il termine cinquième du classement général du Critérium du Midi, prenant la deuxième place de la dernière étape. Son premier succès professionnel intervient le 19 juillet sur le Circuit de l'Allier, où il parvient à s'extraire du peloton dans les dix derniers kilomètres.
La semaine suivante, il remporte le Critérium cycliste du Cantal, puis s'impose le 27 août dans Paris-Arras. Dans cette course, il s'échappe dès le début avec Émile Mulon. Après une crevaison de Mulon, Pélissier est rejoint par le Belge Vandenberghe, qu'il parvient à devancer dans les derniers kilomètres.
L'affirmation sur route et en cyclo-cross (1926-1928)
L'année suivante, les trois frères Pélissier s'engagent avec l'équipe Dilecta pour un contrat de trois ans. Suivant les conseils de Francis, Charles se lance dans le cyclo-cross avec succès, remportant le championnat de la Seine puis le championnat de France de la discipline. Après un abandon dans Paris-Roubaix, il se met au service de Francis comme entraîneur dans Bordeaux-Paris, puis remporte une victoire éclatante dans le Circuit du Centre, avec près de 20 minutes d'avance sur son frère.
La saison 1927 débute en forme pour Charles Pélissier, qui devance Paul Broccardo dans la course de côte du mont Faron et remporte un second titre de champion de France de cyclo-cross. Il signe ensuite son meilleur résultat dans une classique sur Paris-Roubaix. Au mois d'août, il termine deuxième du championnat de France, disputé sous forme de contre-la-montre de 100 kilomètres, derrière Ferdinand Le Drogo. Charles Pélissier réalise sa meilleure saison et s'affirme comme l'un des meilleurs routiers français.
En 1928, il remporte pour la deuxième fois consécutive la course de côte du mont Faron et décroche un troisième titre de champion de France de cyclo-cross, ce qui lui vaut une prime spéciale du constructeur de pneumatiques Wolber. Dans Paris-Roubaix, il est échappé avec Georges Ronsse et Charles Meunier, mais est victime d'une fringale à une vingtaine de kilomètres de l'arrivée. Dans Paris-Tours, il revient sur la tête de course et obtient la deuxième place, derrière le Belge Denis Verschueren.

Première participation au Tour de France et popularité (1929)
En 1929, Charles Pélissier rejoint l'équipe J.B. Louvet. Après avoir terminé deuxième du Critérium international de cyclo-cross, il est convaincu par son employeur de disputer le Tour de France pour la première fois.
Premier attaquant de l'épreuve, il mène une échappée dans la première étape avec André Leducq, Jean Aerts et Alfonso Crippa. Il se distingue ensuite en prenant la troisième place de la deuxième étape à Cherbourg, puis la deuxième le lendemain à Dinan. Après avoir frôlé l'abandon dans la cinquième étape, il termine dans les six premiers à plusieurs reprises. En retrait dans les Pyrénées, il connaît des incidents mécaniques, mais se classe à nouveau troisième à Marseille.
Dans l'étape vers Grenoble, il est surpris par un commissaire alors qu'il reçoit l'aide d'un motard qui le tracte. L'intervention d'Henri Desgrange auprès des commissaires de l'Union vélocipédique de France lui permet d'éviter l'exclusion.
Après s'être échappé à Morez, Charles Pélissier remporte la seizième étape avec une avance de plus de 24 minutes sur le peloton. Il termine encore deuxième à Metz, Dieppe et Paris. Bien que vingt-huitième au classement général final, il jouit d'une grande popularité à l'arrivée au Parc des Princes, étant désigné coureur le plus populaire de l'épreuve par un sondage du journal L'Auto.
En fin de saison, il remporte le Prix Goullet-Fogler sur piste, associé à André Leducq. Fin novembre, il est suspendu six mois par l'Union vélocipédique de France suite à son geste de tricherie dans l'étape de Grenoble.
Record de victoires d'étapes sur le Tour et révolution des équipes nationales (1930)
En septembre 1929, Henri Desgrange annonce la révolution du Tour de France : la course se courra désormais par équipes nationales pour mettre fin à l'hégémonie des équipes de marques. Charles Pélissier est l'un des trois premiers coureurs sélectionnés en équipe de France pour l'édition 1930.
Sa saison est entièrement tournée vers cet objectif, et il modifie ses habitudes alimentaires. Il quitte la formation J.B. Louvet, en difficultés financières, pour rejoindre l'équipe Alléluia. En avril, il remporte les Six Jours de Paris, associé à Armand Blanchonnet.
Lors de sa préparation pour le Tour, il se classe deuxième du Circuit de Paris et tente le record de l'heure, mais abandonne à cause d'une gêne respiratoire. Dans le championnat de France, il s'échappe avec son coéquipier Jules Merviel, mais le duo est repris.
Au cours du Tour de France 1930, Charles Pélissier fait preuve d'une étonnante régularité dans les arrivées d'étape, se classant plusieurs fois deuxième ou troisième. Après l'abandon de Victor Fontan, il est désigné capitaine de route de l'équipe de France. Il remporte les deux étapes suivantes, à Perpignan et Montpellier, profitant du travail de ses coéquipiers.
Touché par un rhume, il est en difficulté dans l'étape vers Grenoble, franchissant la ligne d'arrivée avec plus d'une heure de retard. Après une journée de repos, il retrouve des forces. La seizième étape marque un tournant, avec la chute d'André Leducq. Charles Pélissier réalise ensuite une performance exceptionnelle en remportant les quatre dernières étapes à Metz, Charleville, Malo-les-Bains et Paris. Finalement neuvième du classement général, il remporte au total huit étapes durant ce Tour, établissant un nouveau record.

Fin de carrière et héritage
Charles Pélissier, né le 20 février 1903 à Paris et décédé le 28 mai 1959, a marqué le cyclisme de son époque. Professionnel de 1923 à 1939, il fut l'un des piliers de l'équipe de France au début des années 1930 et l'un des coureurs les plus populaires de l'histoire de l'épreuve.
En six participations à la Grande Boucle, il remporte seize étapes. Son meilleur classement final est une neuvième place en 1930, l'année où il établit le record de victoires d'étapes sur un même Tour de France avec huit succès. Son palmarès inclut également une victoire sur le Critérium des As en 1933 et un succès sur le Circuit de Paris l'année suivante.
Coureur extrêmement populaire, il a révolutionné l'image du cycliste en apportant un soin particulier à son apparence. Apprécié pour sa distinction et son raffinement, il est considéré comme l'un des « aristocrates » de son sport et s'est élevé au rang des principales vedettes de son époque, y compris dans le monde artistique.
À la fin de sa carrière, il a signé plusieurs chroniques dans le magazine Miroir Sprint, pour lequel il a couvert le Tour de France. En 1933, son épouse se suicide, un drame personnel qui marque sa vie. La fin de sa carrière est ponctuée de divers événements, et il se retire du monde du cyclisme.