Avec ses airs rétros, cette moto pourrait sembler échappée de « L’équipée sauvage » pilotée par Marlon lui-même. Pourtant, cette nouveauté Harley-Davidson 2005 offre des qualités de notre temps grâce à sa belle fourche à parallélogramme et à un tempérament moteur sensiblement optimisé par l’adoption d’un échappement gros volume. Cette 1450 Springer est sans aucun doute l’un des plus typiques des twins US 2005.

Un Design Rétro Inédit
Avec son petit phare chromé type Bates trônant majestueusement au dessus des longs ressorts de fourche exposés au grand air, voilà une proue inédite, très rétro et en tout cas trop peu courante sur nos boulevards. Et c’est bien dommage tant les qualités de cette Américaine sont par ailleurs marquantes, à commencer par des sensations de conduite très attachantes.
Le Moteur Twin Cam 88B : Caractère et Agréments
Doté de balanciers d’équilibrage, le Twin Cam 88B monté sur tous les Softail vibre en effet bien moins que le Twin Cam 88 standard et procure un mélange de caractère et d’agrément remarquable. Mais sur cette nouvelle Springer, il bénéficie en outre d’une cartographie d’injection modifiée et surtout d’un échappement au volume plus généreux. Si bien qu’en comparaison des montées en régime plutôt linéaires de ses frères, ce V twin offre cette fois une courbe de couple plus ronde et pour tout dire, vraiment très agréable. Plus musclé (+ 3 ch.) et vif, presque rugueux mais jamais envahissant, voilà en tout cas un compagnon très serviable pour tailler du kilomètre à bonne allure sans s’ennuyer.

Position de Conduite et Confort Rustique
Son « beach bar », autrement dit ce guidon large et cintré vers l’arrière, les repose-pieds loin devant et l’assise basse ménagent une position de conduite très relax… et bien peu aérodynamique. Si bien qu’il vaut mieux agripper solidement les grosses poignées caoutchouc pour se maintenir dignement à bord en croisière à 110 km/h alors que le vent (au mieux) ou la pluie et le froid (au pire… ) vous fouettent sans ménagement. Eh oui, ce confort là est à l’image de l’engin, du genre rustique, mais finalement très acceptable à allure adéquate.
La Fourche Springer : Innovation et Confort
Derrière ses airs résolument anachroniques, cette pièce dénommée Springer (tirée du mot spring ou ressort en anglais) propose un comportement pourtant bien adapté au twin US. Car contrairement aux fourches télescopiques qui travaillent dans une direction qui n’est jamais perpendiculaire au sol du fait de leur inclinaison (d’autant plus prononcée sur ces Américaines), cet autre modèle fonctionne d’une façon plus naturelle. D’une part, elle dissocie les fonctions guidage et amortissement (qui sont liées dans une fourche classique) et limite donc les interactions parasites entre elles. Et d’autre part, elle digère mieux les bosses grâce au positionnement des deux petits balanciers parallèlement au sens de la route. Il suffira sans doute d’un coup d’œil à nos photos pour mieux comprendre mais guidon en mains cette fois, ces caractéristiques peu communes dévoilent rapidement leur intérêt. Plus progressive et surtout plus douce sur les petits chocs, cette Springer procure un agrément de conduite inattendu pour qui connaît bien les autres modèles de la gamme. Dés lors, bien secondée par la fausse suspension arrière rigide (les amortisseurs sont « cachés » sous la moto), l’ensemble offre un confort digne de ce nom en souffrant seulement sur les grosses bosses à vive allure…

Comportement Routier et Freinage
Mais choisit-on un Softail pour titiller le chrono ou plutôt jouir de sa ligne incroyable et de son caractère moteur ? Le pouvoir de séduction de cet engin reste en effet imparable. Car son comportement routier est sain et prévisible. Une fois le gabarit bien en tête, il restera essentiellement à s’appliquer en entrée de virage. Lourde et longue, cette moto nécessite un pilotage sûr et une vitesse adaptée afin de ne pas limer honteusement ses marchepieds sur le bitume… ou élargir désespérément ses trajectoires. Doté d’un étrier simple piston, le frein avant demande une poigne de bûcheron pour ralentir décemment la bête. Mieux vaut alors se concentrer sur l’efficace commande au pied pour moduler le rythme avec un bonheur renouvelé.
Philosophie Harley-Davidson et Usage Urbain
Bien sûr, rouler en Harley-Davidson procède surtout d’une philosophie particulière de la moto. Les « anti » n’auront de cesse de lui reprocher son prix, ses performances, son manque de maniabilité ou encore ses aspects pratiques. Mais à quoi bon ? Traditionnellement, les Harley-Davidson réclament une sérieuse attention en matière de pilotage et cette Springer ne déroge pas à la règle. Son rayon de braquage, son poids et sa longueur n’en font pas particulièrement un cadeau en milieu urbain. Mais sa selle presque aussi basse que son centre de gravité et son large guidon rassurent. Ils permettent alors de se frayer son chemin avec une aisance étonnante dés que le trafic se fluidifie. La souplesse du moteur constitue aussi une aide précieuse qui compense la fermeté des commandes (boîte de vitesses, embrayage) et le manque d’ergonomie des leviers au guidon (non réglables et trop écartés).
Transmission et Freinage Avant Spécifique
Douce, propre et silencieuse, la transmission par courroie est très agréable au quotidien. Contrairement aux autres 1450 cm3 de la gamme, la Springer hérite d’un étrier de frein à simple piston à l’avant, seul compatible avec les caractéristiques de la fourche à parallélogramme. Inutile donc de préciser qu’il vaut mieux anticiper et saisir le levier à pleine main pour bénéficier d’un ralentissement digne de ce nom, en s’assistant obligatoirement de la commande au pied, beaucoup plus efficace au quotidien.
Instrumentation et Autonomie
La planche de réservoir comporte les indications habituelles, un gros compteur central très lisible doublé d’un affichage des kilométrages (1 total, 2 partiels) par fenêtre à cristaux liquides. L’indication du niveau d’essence sur le faux bouchon gauche du réservoir est assez fiable et doublée d’un voyant au compteur. Nous sommes passés en réserve la plupart du temps aux alentours des 260 km pour une consommation d’environ 5,8 l./100 km.
Systèmes de Sécurité et Critiques Courantes
En matière d’antivol, le Softail Springer propose un blocage de direction sur la colonne et une alarme électronique en série. Au rang des sempiternelles critiques, citons, outre les leviers non réglables, le bouchon de réservoir ne fermant pas à clé, la selle passager plutôt symbolique et l’absence de points d’ancrage pour les tendeurs. Heureusement, le catalogue d’accessoires de la marque offre des solutions de remplacement. De même, il vous faudra investir dans de l’outillage aux normes américaines pour tenter de revisser quoi que ce soit… ou de régler le phare.
L'Origine de la Fourche Springer
Proche du modèle 1988 dans son dessin, la fourche Springer qui équipe ce nouveau Softail en reprend aussi le principe : l’axe de roue avant est fixé à deux basculeurs, maintenus eux-mêmes à une de leurs extrémités par un axe au bas des bras de la fourche fixe, et reliés à l’autre bout aux ressorts et à l’amortisseur via deux tiges. Les deux ressorts les plus gros sont dédiés à la compression, les plus petits à la détente, l’amortisseur central s’occupe de freiner le tout.

L'Héritage Visuel : Le FL de 1948
Le superbe FL de 1948, avec son moteur Panhead et sa fourche Springer noire, est la source d’inspiration directe du nouveau Softail Springer Classic FLSTSCI de 2005.