L'histoire fascinante des side-cars et du club "Les Paniers"

Le monde des side-cars, souvent perçu comme une niche, recèle une histoire riche et des communautés passionnées. Des compétitions acharnées aux balades conviviales, en passant par des initiatives solidaires, le side-car offre des expériences uniques, comme en témoignent les frères Florian et Clément Le Bouquin, qui ont fait de cette passion un héritage familial.

Un héritage familial et une passion partagée

Chez les Le Bouquin, le side-car est une véritable affaire de famille. Florian, ayant "appris à faire de la moto avant du vélo" dès l'âge de 2 ans, a naturellement suivi les traces de son père, champion de France en 1989 avec son oncle. C'est fin 2013 que le tandem avec son frère Clément prend forme. Clément, ayant arrêté la moto, exprime son envie de monter dans le panier, une proposition que Florian, soucieux de limiter ses blessures, accepte volontiers. L'achat d'un side-car d'occasion les mène, à leur propre surprise, aux Championnats de France dès 2014.

La spécificité de cette pratique réside dans la dynamique entre le pilote et le passager. "Dans les virages, j'ai une troisième roue, donc ça décale. A côté, Clément est debout sans siège pour se tenir", décrit Florian. Cette relation est avant tout une question de confiance, Clément s'en remettant totalement à son frère. La fraternité, selon Florian, rend cette collaboration peut-être encore plus aisée.

Photo des frères Le Bouquin dans leur side-car, l'un tenant le guidon, l'autre dans le panier.

Les "Paniers" : une association aux multiples facettes

Au-delà des compétitions, le monde associatif des side-cars est animé par des clubs comme "Les Paniers". Ces associations trouvent des idées originales pour se faire connaître et partager leur passion. L'organisation de "baptêmes de side" lors d'événements tels que les vide-greniers est une manière efficace de présenter le club au public. Les soirées conviviales, comme la "soirée ripaille" avec un menu traditionnel tel que la choucroute, renforcent les liens entre membres et sympathisants.

Ces événements sont également l'occasion de partager des moments forts, comme la diffusion de vidéos des sorties du club, qui suscitent un vif intérêt. L'aspect humain de ces rencontres est souvent souligné, dépassant les considérations financières, que les "picsous" du club se chargent de gérer.

L'engagement des membres se manifeste aussi par le soutien des personnalités locales. Le maire de la Marolle, par exemple, a manifesté son soutien aux "Paniers du Centre" en s'achetant lui-même un side-car, illustrant ainsi un élan de fraternité.

Le side-car : un véhicule pour toutes les saisons et toutes les vies

Contrairement aux motos qui hivernent, les side-cars continuent de rouler tout au long de l'année. Dans les Vosges, une association regroupe une trentaine de conducteurs et leurs familles, organisant des sorties pour initier au plaisir des trois-roues et apporter du bonheur aux personnes handicapées et aux résidents de maisons de retraite. Ces initiatives montrent la dimension solidaire et inclusive de la communauté side-cariste.

Le profil des side-caristes est également varié. Souvent, on vient au side-car après un accident de moto, pour continuer à rouler différemment, ou pour reprendre en douceur. Une autre raison fréquente est l'agrandissement de la famille : le side-car permet de continuer à pratiquer sa passion sans devoir abandonner ses proches.

Romain, un entrepreneur, témoigne : "Je ne me suis jamais posé la question d'avoir une bagnole. Hors de question. Pendant des années, le side a été mon véhicule au quotidien, y compris l'hiver sous la neige ! Quand les enfants sont arrivés, on a continué." Il décrit son side-car customisé, une "fusée japonaise noire de 200 chevaux", avec un panier tout confort. Il souligne les spécificités de la conduite : "Ça n’a rien à voir avec la conduite d’une moto. On vire à plat, donc nos pneus sont carrés comme sur les voitures. Quand on accélère, le side part à droite, et quand on freine, il part à gauche."

Schéma expliquant les forces agissant sur un side-car dans les virages.

Apprentissage et spécificités de la conduite

La conduite d'un side-car est radicalement différente de celle d'une moto et nécessite un apprentissage. Nicolas, un nouveau membre, raconte avoir ressenti une appréhension lors de son premier trajet après avoir acheté son side-car près de Bordeaux. Il recommande vivement une formation de plusieurs heures auprès d'organismes comme l'Association pour la Formation des Motards (AFDM).

Les anciens soulignent que "sur un side, c’est quand tout va bien que tout va mal !", une expression qui souligne la nécessité d'une vigilance constante. La conduite implique des techniques spécifiques : pour un virage à gauche, le pilote tire le guidon, tandis que le side-car reste à plat. Pour les virages à droite, il est conseillé de prendre de la vitesse, et pour les virages à gauche, de ralentir. Le frein avant, quant à lui, a tendance à faire pivoter le side-car vers la gauche.

Les side-cars de tourisme peuvent être extrêmement luxueux, offrant des équipements tels que la fermeture intégrale, la stéréo, un coffre à bagages, voire un système de chauffage et de lecteur DVD pour des modèles comme le Zeus de Side-Bike.

Un peu d'histoire : des débuts utilitaires à la compétition

Historiquement, le side-car est né de l'ajout d'un panier à une motocyclette ordinaire. Les Britanniques, pionniers en la matière, plaçaient le panier à gauche pour une conduite à gauche. Rapidement, des modifications importantes ont été apportées aux motocyclettes, voire des constructions entièrement nouvelles pour la compétition.

Avant la Seconde Guerre mondiale et jusqu'aux années 1950, le side-car était un véhicule utilitaire accessible à ceux qui n'avaient pas les moyens d'acquérir une voiture. Il était le moyen de transport privilégié des jeunes couples ouvriers avec un enfant, et a même servi aux premiers vacanciers lors de l'instauration des congés payés en 1936.

De nombreuses firmes ont connu leur apogée dans les années 1930, comme Watsonian et Swallow en Angleterre, Steib en Allemagne, Bufflier en France, et Vélorex en Tchécoslovaquie. La société française Bernardet a connu un grand succès avec ses modèles équipés avant de se réorienter vers les scooters. Aujourd'hui encore, la société Précision, fondée en 1935, continue de produire des side-cars en petite quantité.

Avec la démocratisation des voitures, l'usage utilitaire du side-car a diminué. Cependant, une nouvelle génération de passionnés, motivés par l'aspect sportif et le désir de "rouler différent", a pris le relais. Parmi les modifications techniques notables, on trouve la roue motrice du side-car ou le positionnement de la roue latérale au niveau de la roue arrière pour la compétition.

Photomontage historique : une vieille photo de side-car utilitaire des années 1950 juxtaposée à une photo d'un side-car de compétition moderne.

Les spécificités techniques et la sécurité

Pour une tenue de route et une maniabilité optimales, trois principes sont à observer : le pincement (la roue du side n'est pas parallèle à l'axe longitudinal de la moto à l'arrêt) et le carrossage (une déformation géométrique dans le plan vertical).

La conduite du side-car requiert un apprentissage spécifique. L'asymétrie et la troisième roue modifient radicalement la manière de piloter par rapport à une moto. Les virages se prennent à plat, et la gestion des forces en accélération et freinage est cruciale. Le frein avant, notamment, peut provoquer une rotation du side-car vers la gauche.

Malgré les apparences, la conduite d'un side-car n'est ni une "baignoire" ni un "cercueil", comme le disait avec humour Charles Krajka, pilote et importateur Moto-Guzzi en France. La sécurité reste primordiale, et une formation adéquate est fortement recommandée.

Diversité des modèles et des pratiques

Il existe une grande variété de side-cars, allant des modèles de piste comme les marques LCR, Seymaz, Shelbourne, Windle, aux bassets (modèles de piste plus anciens), en passant par les side-cars de trial ou de moto-cross. On distingue également les châssis longs (F1) et les châssis courts (F2).

Dans le domaine de la compétition, le championnat de France des side-cars récents accueille les catégories F2 et F1 sur des circuits renommés comme celui de Dijon-Prenois, de Ledenon ou de Magny-Cours.

Le side-car-cross, une discipline spectaculaire, voit le pilote allongé à plat-ventre sur le moteur et le passager se déplaçant sur le plateau latéral de manière acrobatique. Les débuts de cette discipline remonteraient aux années 1930 au Royaume-Uni.

Championnat du Monde Side-Car Cross 2012 - Crash (France - Lacapelle Marival)

Le side-car dans la culture populaire

Le side-car a également sa place dans la culture populaire. Le romancier américain John Irving l'a mis en scène dans son roman "L'Hôtel New Hampshire", où un forain et son ours se déplacent dans un attelage Indian. Le film français "Antoine et Antoinette" de Jacques Becker (1947) met en avant un couple d'ouvriers qui acquiert un side-car Motobécane attelé à un panier Buflier, symbolisant leur bonheur et leur liberté retrouvés.

Le métier de constructeur de side-cars

Le métier de constructeur de side-cars est un marché de niche, mais en développement. Nicolas Dubut, par exemple, est l'un des rares constructeurs en France. Sa passion pour le side-car, héritée de ses parents, le pousse à concevoir et fabriquer des engins personnalisés, un processus qui peut prendre jusqu'à deux mois. Son travail couvre la conception, la mécanique, l'électricité et la plasturgie.

Didier Genouel, un client de Nicolas, témoigne de son expérience : il en est à son neuvième side-car et apprécie le sentiment de liberté et de sécurité qu'il procure. Le coût d'un engin personnalisé, livré avec une moto neuve, se situe sous la barre des 24 000 euros.

Photos d'un atelier de construction de side-cars, montrant différentes étapes de fabrication.

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