Le monde du cyclotourisme à VTT, également connu sous le nom d'Overland, est un domaine encore jeune et en pleine évolution. Traditionnellement, le cyclotourisme se pratiquait sur des vélos de route adaptés, appelés "randonneuses", conçus pour le confort et l'autonomie sur plusieurs jours grâce à l'ajout de sacoches. Ces vélos se caractérisaient souvent par des roues de plus petit diamètre et des pneus plus larges, comme le format 650B comparé au 700C.
Dans le domaine du VTT, l'adaptation du concept de cyclotourisme a d'abord fait appel à des solutions artisanales, comme celles proposées par des fabricants français tels qu'Histoire Bike. Bien que moins répandue en France, cette pratique gagne du terrain en Amérique du Nord, où l'on cherche des produits plus adaptés à cette polyvalence.
L'innovation du 27.5+ pour le chargement et la maniabilité
Pour répondre aux exigences du chargement d'un vélo tout en préservant sa maniabilité, le choix s'est porté sur des roues de plus petite taille combinées à des pneus de grand volume. Le format 26 pouces, étant industriellement obsolète, a été écarté, laissant le champ libre au 27.5 pouces. Afin d'assurer une stabilité optimale, il est nécessaire d'utiliser des pneumatiques à grand volume. Les enveloppes trop larges des Fat Bikes ont été jugées peu efficaces en termes de rendement. C'est dans ce contexte que le format 27.5+, proposé par WTB, s'est imposé.
Ce format se distingue par une jante en 27.5 pouces d'une largeur supérieure à la norme traditionnelle. Les jantes WTB Scraper, avec leurs 50 mm de largeur extérieure, sont conçues pour accueillir des pneus de 2.8 à 3 pouces de section. Ce compromis offre un équilibre idéal entre rendement et capacité de charge, tout en minimisant l'effet ressort indésirable des pneus lors des chocs.
Un vélo équipé en 27.5+ peut ainsi égaler le diamètre d'une roue en 29 pouces. Il n'est donc pas surprenant que le Rocky Mountain Sherpa adopte le triangle avant du Element 29 pouces en version carbone pour réduire le poids. Le triangle arrière, quant à lui, est en aluminium et a été spécifiquement conçu pour le Sherpa. Il est élargi pour accueillir un pneu de 2.8 pouces de section et est équipé d'un axe arrière traversant de 12x142 mm, garantissant une rigidité accrue. Ce choix d'axe arrière s'explique par plusieurs raisons. Premièrement, le format Boost148 (12x148 mm), initié par Trek, était encore un secret industriel il y a trois ans lors de la conception du Sherpa. Deuxièmement, le Sherpa est conçu pour être utilisé mondialement, et la disponibilité des moyeux Boost148 en cas de casse dans des régions reculées, comme au fin fond du Chili, n'est pas garantie. Cet esprit de conception pragmatique se retrouve dans le choix des composants.

Choix des composants et conception pragmatique
Pour assurer une disponibilité mondiale des pièces de rechange et réduire le coût global du vélo, Rocky Mountain a privilégié la transmission et les freins Shimano, le fournisseur japonais étant le leader mondial dans le domaine du vélo. Pour les amortisseurs, la marque a opté pour Manitou, choisissant le modèle McLeon à l'arrière pour gérer les 95 mm de débattement, et la fourche Magnum à l'avant avec 120 mm de débattement et un entraxe de 110x15 mm au format Boost.
Il est notable que le Sherpa ne dispose pas de fixations pour porte-bagages traditionnels. Rocky Mountain justifie ce choix par la polyvalence du vélo et la préférence pour des sacoches adaptables. Ces solutions permettent de répartir la charge de manière optimale. Cependant, l'utilisation de pneus de très large section, notamment à l'arrière, a nécessité l'adaptation d'un nouveau triangle pour les recevoir. Le risque de contact de la chaîne avec le pneu lors des changements de vitesse extrêmes, particulièrement avec une transmission 2x10 proposant un pédalier de 38/24 pour une polyvalence maximale, a été géré de manière pragmatique.
Il y a plus de trois ans, Sram ne proposait pas encore de pédaliers Boost permettant de conserver une ligne de chaîne de 52 mm (avec un axe arrière de 148 mm) sans modifier le Q-factor. Rocky Mountain a donc opté pour un élargissement via l'axe de pédalier, en utilisant un pédalier de DH en 83 mm. L'ensemble de ces choix positionne le Rocky Mountain Sherpa au prix de 4 990 €, un tarif en adéquation avec la politique tarifaire de la marque, souvent légèrement supérieure à celle de la concurrence.

Premières impressions et performances sur le terrain
Malgré des a priori sur la perte de vivacité et de rendement due aux pneus larges et au poids du vélo, les premières sorties avec le Sherpa, pesant environ 15 kg en état de fonctionnement, ont révélé des performances surprenantes. Il a été possible de parcourir une boucle de 40 km aussi rapidement qu'avec un VTT de cross-country 29 pouces, pourtant allégé de 4 kg. Cela démontre qu'il est possible d'obtenir un bon rendement avec des pneus larges, notamment avec les modèles WTB Trail Blazer, réputés pour leur gomme dure et leur bande de roulement efficace.
L'utilisation de pneus à large volume demande une adaptation technique, notamment dans le réglage des suspensions. Les basses pressions nécessaires (autour de 1.1 à 1.2 bars) pour une bonne performance peuvent affecter la précision du pilotage et abaisser la boîte de pédalier, augmentant le risque de toucher les manivelles sur les obstacles. L'effet de ressort naturel du pneu, plus prononcé avec ces enveloppes, impose de ralentir la détente des suspensions pour compenser le rebond.
Les pneus WTB Trail Blazer sont particulièrement bien choisis pour le cyclotourisme, avec un profil plat et des crampons latéraux peu proéminents. Bien qu'ils puissent manquer de grip latéral en utilisation normale, ils se révèlent parfaits en charge, offrant une excellente adhérence. Il est conseillé de ne pas prendre trop d'angle lorsque le vélo est utilisé à vide.
Le triangle arrière, malgré ses 445 mm de longueur, offre une rigidité appréciable et un dynamisme agréable dans les sections sinueuses. Le volume des pneus contribue grandement au choix des trajectoires, effaçant les aspérités du terrain et permettant de franchir des sections rocailleuses sans hésitation. La direction, consistante et précise, procure un excellent ressenti du terrain.
La fourche Manitou impressionne par son fonctionnement sur les variations de terrain de petite et moyenne ampleur, bien qu'il n'ait pas été possible d'atteindre son débattement maximal de 120 mm. Les difficultés techniques sont instantanément atténuées par les pneus, et ce, à une vitesse remarquable. En montée, le grip et la motricité sont exceptionnels, permettant de gravir des côtes difficiles avec une efficacité supérieure à celle d'un VTT 29 pouces. De plus, l'avant du vélo reste stable, ne déviant pas latéralement, ce qui facilite la progression en ligne, même sur terrain accidenté.

Points à considérer et conclusion sur le Sherpa
Il est important de noter que la précontrainte des suspensions ne doit pas être modifiée lorsque le vélo est chargé. Les performances des gros pneus du Sherpa varient en fonction du terrain : ils excellent sur sol sec, sablonneux ou caillouteux, mais peinent dans la boue, où leur largeur empêche de trouver de l'adhérence sous la couche de terre. Le pédalier avec son axe de 83 mm oblige à écarter légèrement les jambes lors du pédalage, ce qui peut nécessiter une période d'adaptation et potentiellement causer des douleurs aux genoux.
Le format 27.5+ est une innovation technique remarquable, mais son arrivée précoce sur un marché encore en phase d'acceptation du 29 pouces peut être surprenante. Néanmoins, Rocky Mountain, avec son Sherpa, se positionne sur un segment de marché inédit. Ce vélo ne vient pas concurrencer directement les modèles existants, tout en ayant le potentiel de les remplacer dans de nombreuses situations. L'approche de Rocky Mountain est louable : créer un vélo fiable, facile à réparer, confortable, et capable d'emmener son utilisateur à l'autre bout du monde avec un équipement de camping.
Contrairement à une randonneuse classique, le Rocky Mountain Sherpa ne dispose pas de fixations pour porte-bagages. Il impose donc l'utilisation de bagagerie qui se fixe sur la tige de selle (en choisissant un modèle adapté pour éviter le contact avec la roue arrière lors des compressions), sur le triangle avant (avec placement du porte-bidon sous le tube diagonal), et sur le guidon. Les marques proposant ce type de sacoches ne sont pas nombreuses.
Dans un autre registre, il est mentionné l'existence de vélos de milieu de gamme équipés en Campagnolo, avec fourche et bras arrière en carbone, offrant une bonne base pour débuter sur la route. L'acquisition d'un tel vélo d'occasion, pesant moins de 10 kg, peut être une excellente affaire. D'autres projets de vélos, comme un futur vélo de travail (Velotaf), sont évoqués, impliquant des modifications progressives sur un VTT d'entrée de gamme pour y ajouter des freins à disque hydrauliques, une fourche rigide, des pneus de randonnée et une transmission SRAM X5. L'ajout futur de garde-boue, de porte-bagages et d'un éclairage est envisagé, voire l'installation d'un kit électrique.
Un autre vélo présenté est une Randonneuse MOTOBECANE 650B, acquise à bas prix sur Leboncoin. Des rénovations sont prévues, incluant la mise en place d'une selle Brooks B17 couleur caramel, assortie à la guidoline et à des pneus neufs, ainsi que la modification de la tige de selle pour s'adapter à des jambes plus longues et l'ajustement du guidon pour une position plus sportive. L'objectif est de pouvoir participer à des randonnées de 70 km avec ce vélo.
Il est également suggéré, sans tomber dans l'"alchimisme" (terme utilisé pour décrire des dépenses excessives sur un vélo peu rentable), de vérifier la possibilité de changer les roues ou les jantes pour des modèles en aluminium, afin de réduire le poids et d'améliorer le freinage, même si cela peut être plus complexe en 650B.
Concernant le Motobecane, l'intention est de l'utiliser par beau temps, en privilégiant le style et le confort. Le vélo est équipé de freins à double commande, permettant de freiner quelle que soit la position des mains sur le guidon. Pour l'éclairage, l'option d'une dynamo moyeu est envisagée, ou à défaut, une dynamo ancienne pour rester dans l'authenticité. Le confort est jugé primordial, tout comme le style.
En conclusion, il est souligné qu'il existe de nombreuses façons de ne pas se comprendre dans les discussions sur le vélo. Des conseils sont pris en note, et l'anticipation de l'été, avec l'arrivée de la selle Brooks, des leviers et de la guidoline, est exprimée avec enthousiasme.