Bob Dylan, né Robert Allen Zimmerman le 24 mai 1941 à Duluth, Minnesota, est une figure emblématique de la musique américaine. Auteur-compositeur-interprète, musicien, peintre, sculpteur, cinéaste et poète, il a marqué la culture musicale contemporaine par la diversité de ses styles et la profondeur de ses textes.

Les débuts et l'ascension
Né dans une famille juive d'Europe de l'Est, Robert Zimmerman grandit dans un environnement marqué par les traditions et les valeurs familiales. Son grand-père paternel, Zigman Zimmerman, a fui Odessa en 1907 pour s'installer à Duluth, tandis que son grand-père maternel, Ben D. Stone, s'est établi à Hibbing. Ses parents, Beatrice Stone et Abraham Zimmerman, se marient en 1934. Bob reçoit le nom juif de Shabtai Zisel ben Avraham.
Il passe sa petite enfance à Duluth, où sa mère est couturière et son père occupe un emploi stable dans une société pétrolière. Sa grand-mère maternelle, originaire d'Istanbul, aurait vécu à Trébizonde. Hibbing, ville minière aux mœurs conservatrices, accueille sa famille plus tard. Son père est actif au sein du Rotary Club et d'une loge maçonnique juive, le B'nai B'rith.
Dès son plus jeune âge, Robert s'initie au piano, puis à la guitare et à l'harmonica. Il est d'abord fasciné par la musique country de Hank Williams et écoute les stations de radio diffusant du blues, notamment Muddy Waters, Howlin' Wolf, John Lee Hooker et Jimmy Reed. Au lycée, il intègre des groupes musicaux et participe à des fêtes et des concours de talents, élargissant sa culture musicale par des échanges de disques de jazz et de rhythm and blues.
En septembre 1959, à 18 ans, il s'inscrit à l'Université du Minnesota, s'installant à Dinkytown, un quartier étudiant et bohème. Bien qu'il n'assiste que quelques mois aux cours, il y découvre le folk et des artistes comme Pete Seeger et Cisco Houston. Il se produit dans des cafés folk pour de modestes sommes d'argent. C'est à cette période qu'il adopte le pseudonyme de Bob Dylan. Si l'on a longtemps cru qu'il s'agissait d'une référence au poète Dylan Thomas, l'artiste a lui-même avancé qu'il s'agissait d'une déformation de son deuxième prénom, Allen.
Dylan se distingue par son style vestimentaire sobre et sa façon de jouer, jugée à peine convenable, et sa voix, qualifiée de monotone et rauque. Il apprend rapidement, cherchant sans cesse de nouvelles chansons à intégrer à son répertoire.

L'émergence d'une voix contestataire
À New York, où il arrive en janvier 1961, Bob Dylan s'immerge dans le milieu artistique et politique de Greenwich Village. Il se produit dans des cafés et rencontre son idole, Woody Guthrie, alors hospitalisé. Les deux hommes sympathisent, Guthrie reconnaissant le potentiel vocal du jeune artiste.
Dylan noue des contacts avec des figures de la scène folk, mais peine à se faire engager, étant jugé trop marginal. Il évoque cette période dans sa chanson "Man there said". En avril 1961, il joue à la société de musique folk de l'Université de New York, où il rencontre Susan Rotolo. C'est lors de soirées au Gerde's Folk City qu'il est repéré par Mike Porco, directeur du club, qui l'engage sur les conseils du critique musical Robert Shelton du New York Times. Le 11 avril 1961 marque son premier engagement d'importance, en première partie de John Lee Hooker.
Dylan est engagé par Carolyn Hester, chanteuse de folk, pour jouer de l'harmonica sur son album. Lors des séances d'enregistrement, il interprète "Come Back Baby", une de ses compositions, qui séduit John H. Hammond, directeur artistique chez Columbia Records. Malgré les réticences de la direction, Hammond lui fait signer un contrat.
L'imprésario de Dylan, Albert Grossman, agent influent et controversé, gère sa carrière tout en étant cofondateur du festival folk de Newport. En mars 1962, le premier album de Dylan, Bob Dylan, est publié, mêlant reprises folk et blues et incluant deux titres originaux.
Parallèlement, le magazine folk Broadside Magazine publie ses textes de chansons d'actualité, les "topical songs". Dylan devient la voix d'une génération, exprimant son indignation face aux injustices. Sa chanson "Blowin' in the Wind", composée en avril 1962 et publiée dans Broadside, devient un hymne et symbolise sa dimension sociale et politique. Cette chanson ouvre son deuxième album, The Freewheelin' Bob Dylan, enregistré en juin 1962.
Dylan compose de nombreuses chansons engagées, telles que "Masters of War", dénonçant le complexe militaro-industriel, et "Oxford Town", abordant les tensions raciales à l'Université du Mississippi.
L'engagement civique et la transformation
En décembre 1962, Dylan se rend à Londres pour participer à une pièce télévisée de la BBC, Madhouse on Castle Street. En mai 1963, il est invité à l'émission Ed Sullivan Show, mais refuse d'interpréter "Talkin' John Birch Society Blues", une chanson jugée subversive par la chaîne.
Le 10 mai 1963, il participe à un rassemblement organisé par le SNCC (Comité étudiant de coordination non-violente) à Greenwood, Mississippi, pour encourager l'inscription des Afro-Américains sur les listes électorales. Le 28 août 1963, il prend part à la Marche sur Washington, où il interprète "When the Ship Comes In" et "Only a Pawn in Their Game".
Son implication dans les mouvements pour les droits civiques se fait notamment par l'intermédiaire de Susan Rotolo, qui travaille au CORE (Congress of Racial Equality). Il côtoie le milieu contestataire étudiant, militant pour les minorités.
L'album The Times They Are a-Changin', sorti en janvier 1964, mélange chansons de protestation et thèmes personnels. La chanson titre devient un hymne populaire.
En 1965, il épouse secrètement le mannequin Sara Lownds, qui inspirera de nombreuses chansons de cette période. Le couple aura quatre enfants : Jesse, Anna, Samuel et Jakob.
Malgré son succès, Dylan exprime un malaise face à l'efficacité des chansons de protestation. En 1965, lors du Newport Folk Festival, il opère un virage musical surprenant, passant du folk au rock. Cette transformation donne naissance à des albums marquants comme Bringing it all Back Home, Highway 61 Revisited, et Blonde on Blonde, contenant la célèbre "Like a Rolling Stone", classée première plus grande chanson de tous les temps par le magazine Rolling Stone.
En 1966, un accident de moto interrompt sa carrière pendant près de deux ans. Il s'installe à Woodstock avec sa famille et reprend les tournées en janvier 1974. Son mariage est alors terminé, et l'album Blood on the Tracks, sorti la même année, est considéré comme un récit de la désintégration de son union.

Reconnaissance et héritage
Bob Dylan est reconnu pour la diversité des styles musicaux qu'il aborde et pour sa recherche constante de nouvelles voies artistiques. Ses influences musicales incluent des légendes comme Hank Williams, Pete Seeger, Woody Guthrie et Robert Johnson, ainsi que des écrivains de la Beat Generation tels que Jack Kerouac et Allen Ginsberg.
Dans les années 1980, Dylan explore ses racines juives. Il se convertit brièvement au christianisme avant de revenir à sa judéité. Il soutient le mouvement Loubavitch et étudie avec des rabbins. Ses textes font référence à la tradition juive, comme dans "Highway 61 Revisited" qui évoque le sacrifice d'Isaac, ou "Forever Young", adaptation d'une bénédiction juive.
En 1983, il sort la chanson "Neighborhood Bully", une défense d'Israël et du peuple juif face aux critiques internationales.
En 1997, l'album Time Out of Mind marque une renaissance créative, saluée par la critique. En 1998, il frôle la mort suite à une grave infection cardiaque.
En 2016, Bob Dylan reçoit le prix Nobel de littérature pour avoir "créé de nouvelles expressions poétiques dans la grande tradition de la musique américaine". L'Académie suédoise souligne son statut d'icône et son influence profonde sur la musique contemporaine.
Auteur de plus de 500 chansons enregistrées par plus de 2 750 artistes, Bob Dylan a traversé plusieurs phases artistiques, influençant et redéfinissant de nombreux genres musicaux. Il est considéré comme l'un des musiciens américains les plus influents de l'histoire du rock'n'roll, un poète dont les œuvres continuent de résonner et de s'adapter aux contextes changeants, faisant de lui un génie musical indéniable.