La Cagiva 750 Elefant, dans ses grandes lignes, reprend l'apparence du modèle de compétition, incarnant l'esprit de la célèbre course africaine. Née en 1987 suite à l'accident d'Hubert Auriol lors du Paris-Dakar, cette moto représente un hommage ou un coup marketing, selon les interprétations, mais marque une étape importante dans l'histoire de Cagiva.
Genèse et Héritage de Cagiva
Cagiva, un fabricant de pièces métalliques, voit le jour grâce à la passion de son fondateur, Castiglioni Giovanni, pour la compétition moto. L'entreprise prend une nouvelle dimension en 1978 lorsqu'il rachète l'usine AMF Harley Davidson située à Varèse. Dès 1984, Hubert Auriol approche Cagiva pour participer au Dakar. Bien que la marque n'ait pas encore dix ans d'existence et manque d'expérience face aux teams historiques, elle parvient, en un temps record, à rattraper son retard.
La première Cagiva 650 Elefant est alignée au Dakar 1985, sous la bannière de l'équipe Ligier-Cagiva. Cette participation pionnière pose les bases pour le développement futur du modèle.

L'Émergence de la 750 Elefant : Monofaro et Bifaro
L'année 1987 marque un tournant avec la naissance de la 750 Elefant, surnommée "Monofaro" en référence à son unique optique avant. Cette année-là fut le théâtre d'une lutte d'anthologie entre Hubert Auriol et Neveu lors du Paris-Dakar, ponctuée de nombreux rebondissements tels que des chutes, des casses mécaniques et des erreurs de navigation. Hubert Auriol a mené son Elefant à l'arrivée dans des conditions extrêmes, malgré deux chevilles cassées, un exploit qui a directement influencé la décision de Cagiva de lancer la version 750 en série.
En 1988, la version de série de l'Elefant évolue significativement en s'inspirant de sa sœur de compétition au palmarès africain éloquent. Elle adopte une double optique avant, ce qui lui vaudra le sobriquet italien de "Bifaro". Cette modification améliore considérablement la protection aérodynamique et la pénétration dans l'air, permettant à ce modèle d'atteindre sur route une vitesse d'environ 170 km/h.

Caractéristiques Techniques et Évolutions
La Cagiva 750 Elefant Bifaro, arrivée en 1988, est considérée comme la plus désirable des 750. Elle hérite du fabuleux moteur 748cc dérivé de la Ducati 750SS. Ce bicylindre en V à 90°, refroidi par air et huile, se distingue par sa distribution desmodromique, une technologie chère à Ducati. Le châssis, salué pour sa qualité et sa rigidité, contribue à la performance globale de la moto.
La partie-cycle de la 750 Elefant s'apparente désormais à celle de la 900 i.e. GT. Elle est équipée du même frein à disque avant Nissin et de la même fourche Marzocchi traditionnelle de 45 mm. À l'arrière, elle reçoit un monoamortisseur Sachs-Boge. Cependant, le cadre présente des différences à l'arrière du moteur : l'ensemble platine aluminium de support d'ancrage de l'amortisseur disparaît au profit d'une biellette fixée au cadre, ce qui peut impacter la qualité et la longévité des fixations.
Les suspensions sont confiées à des composants de renom : la fourche est signée Marzocchi, tandis que l'amortisseur arrière est d'origine Ohlins, des équipements qui contribuent à un comportement routier de premier ordre.
Performances et Positionnement sur le Marché
À l'époque de sa sortie, la presse spécialisée salue unanimement la Cagiva Elefant pour sa qualité de présentation, la positionnant ainsi au-dessus de la concurrence. Comme on pouvait le pressentir, l'Elefant 750 s'affirme comme une concurrente de choix et ne passe pas inaperçue, notamment dans sa magnifique livrée Lucky Explorer.
En 1989, sur le plan commercial, la proposition ne dépasse pas une version avec des coloris différents (bleu, blanc, rouge) du même modèle Bifaro. La moto occupera le devant de la scène de 1990 à 1997, rivalisant continuellement avec Yamaha et son pilote star, S. Peterhansel. La marque italienne marquera son histoire en remportant le Paris-Dakar à deux reprises, en 1990 et 1994.
La légende du Dakar 1984
Disponibilité et Cote Actuelle
Trouver une Cagiva 750 Elefant aujourd'hui peut s'avérer une quête difficile, et dénicher une édition Lucky Explorer relève presque de l'impossible. La cote pour les versions "basiques" se situe généralement entre 2000 et 4000 euros. Pour une édition Explorer, il faudra faire preuve d'une grande patience. La légende raconte qu'il y aurait eu quelques importations officielles de la version Explorer malgré la loi Evin, mais la majorité des modèles que l'on trouve sont des répliques.
