L'histoire et l'évolution des motoneiges Bombardier

Une motoneige, également appelée scooter des neiges en France et, par antonomase, Ski-Doo au Québec (marque déposée par BRP), est un petit véhicule motorisé, mû à l'aide d'une ou deux chenilles, et équipé de skis pour la direction. Elle ne nécessite ni route, ni piste.

Conçue initialement pour un usage utilitaire ou de loisir, la motoneige est aujourd'hui principalement utilisée pour la randonnée, notamment dans les régions urbanisées du sud des pays nordiques. Son développement au cours du XXe siècle a considérablement modifié les déplacements dans les régions arctiques, en remplaçant les moyens de transport traditionnels tels que les traîneaux à chiens ou à rennes et en augmentant grandement la mobilité des populations concernées.

Schéma d'une motoneige avec ses composants principaux : chenille, skis, moteur, suspension.

Les fondements techniques de la motoneige

Une motoneige se caractérise par une forme de traîneau équipé à l'avant de skis pour la direction et d'une chenille comme système de propulsion sous la partie arrière.

Motorisation : des débuts aux technologies modernes

Les motoneiges sont propulsées par des moteurs à deux temps, initialement refroidis à air ou à eau. Avec l'augmentation de la cylindrée, ces moteurs ont été progressivement remplacés par des moteurs à quatre temps à refroidissement liquide, nettement moins polluants. La cylindrée des moteurs destinés aux randonneurs, d'un à quatre cylindres, varie de 250 à 1 500 cm³. En 2007, la moyenne des modèles se situait entre 600 et 1 000 cm³.

Pour la compétition, des moteurs plus puissants peuvent atteindre 600 ch, permettant des vitesses de pointe de 200 km/h en moins de cinq secondes avec des cylindrées de plus de 2 500 cm³.

Transmission et freinage

La transmission est généralement automatique à variation continue avec courroie trapézoïdale et poulies variables. Certains modèles sont dotés d'une boîte de vitesses permettant la marche arrière et, parfois, de changer le rapport final de la transmission, particulièrement pour les motoneiges conçues pour le travail.

Le système de freinage est composé d'un frein à disque qui peut ralentir ou bloquer la rotation de la chenille. L'étrier, actionné mécaniquement ou hydrauliquement, est parfois refroidi par liquide sur certains modèles.

Systèmes de suspension

La suspension avant, originellement à lames, est aujourd'hui généralement à double bras en A avec amortisseur au centre d'un ressort hélicoïdal. Des suspensions avant télescopiques ont été utilisées par de nombreux manufacturiers, dont Yamaha et Bombardier.

La suspension arrière à bogies, introduite par Bombardier, a été progressivement remplacée par la suspension à glissières, où la chenille glisse sur des rails munis de glissières en plastique. Cette suspension est habituellement composée d'un châssis trapézoïdal avec deux jambes de forces en tandem, la jambe arrière étant souvent remplacée par des ressorts à torsion.

Comparaison visuelle des différents types de suspensions avant et arrière de motoneiges.

Les pionniers et l'invention de la motoneige

Les origines de la motoneige remontent au début du XXe siècle, avec plusieurs inventeurs contribuant à son développement.

Premières expérimentations et brevets

Vers 1910, Igor Sikorsky fabrique son « aerosani », un aéroglisseur équipé d'un moteur et d'une hélice d'avion. D'autres brevets suivront, comme ceux de Karl E. Lorch, John Fudge, Paul Strom, J. A. Davreux, Fred Mansoff et la compagnie Trail-A-Sled.

En 1910, Adolphe Kégresse invente une chenille souple et transforme plusieurs automobiles pour le tsar Nicolas II. Aux États-Unis, la modification d'automobiles Ford pour rouler sur la neige gagne en popularité. En 1913, Virgil D. White transforme une automobile en semi-chenillé.

L'apport québécois : Adalbert Landry et Joseph-Armand Bombardier

À l'hiver 1919-1920, Adalbert Landry, assisté d'Antoine Morissette, met au point une autoneige dont le train chenillé s'apparente à celui de Kégresse. Il brevète son invention en 1923 au Canada et aux États-Unis.

Joseph-Armand Bombardier, de Valcourt au Québec, est une figure clé dans le développement de la motoneige. Suite à la perte de son fils, il rêve d'équiper les habitants des zones rurales d'un véhicule hivernal individuel. Après avoir expérimenté avec un aéroglisseur et la modification d'automobiles, il invente en 1935 la chenille à patins d'acier embouti. En 1936, il dépose une demande de brevet pour son système de traction.

Durant l'hiver 1936-1937, il vend ses premières autoneiges B7, conçues pour sept passagers. Ce système de traction améliore considérablement l'efficacité des autoneiges Bombardier par rapport aux autres véhicules à chenilles de l'époque.

Photographie d'une des premières autoneiges de Joseph-Armand Bombardier.

Les développements de Carl Eliason et FWD

En 1924, Carl Eliason construit son premier motor toboggan à Sayner, Wisconsin, avec un moteur de hors-bord. Il reçoit un brevet pour son toboggan en 1927 et commence à en fabriquer quelques-uns par année, évoluant vers des moteurs de motocyclette.

En 1941, Eliason vend les droits de production au fabricant de camions FWD. En 1950, FWD développe le modèle K-10, plus petit et plus léger, doté d'une transmission automatique à courroie en V et poulies variables. En 1953, le modèle devient le K-12, avec un moteur plus puissant.

La motoneige moderne : l'ère Ski-Doo

La motoneige telle que nous la connaissons aujourd'hui a été développée par Bombardier à la fin des années 1950, marquant une véritable révolution dans le domaine.

L'innovation de la chenille sans fin

La clé de cette nouvelle génération de motoneiges réside dans l'invention d'une chenille sans fin révolutionnaire, conçue et brevetée par Germain Bombardier, le fils de Joseph-Armand. Cette chenille, moulée en caoutchouc avec tiges de renfort interne et orifices pour l'entraînement par engrenage, offre une portance accrue.

Les prototypes et le lancement du Ski-Doo

En 1958, Bombardier fabrique trois prototypes de motoneige avec carrosserie en bois. Le premier, de style "boîte de chaussure", avec un ski et une barre de direction, le deuxième avec deux skis et guidon, et le troisième avec une cabine raccourcie.

En 1959, le véhicule est commercialisé sous le nom de Ski-Doo, avec une carrosserie en tôle d'acier. Initialement destiné à une clientèle utilitaire (missionnaires, trappeurs, prospecteurs), le Ski-Doo connaît un succès phénoménal auprès des sportifs et des amateurs de randonnées, ouvrant la voie à la production de masse.

Publicité d'époque pour le Ski-Doo de Bombardier, mettant en avant sa nouveauté et son utilité.

L'essor, le déclin et la résilience du marché de la motoneige

Le lancement du Ski-Doo a déclenché un engouement sans précédent, mais le marché a également connu des périodes de ralentissement.

La prolifération des fabricants et le premier choc pétrolier

En 1959, Bombardier vend 225 unités de Ski-Doo. Durant les années 1960, la popularité du modèle entraîne l'apparition de plus de 200 compétiteurs et la formation de nouvelles compagnies. En 1971, on compte cent compagnies différentes vendant 495 000 motoneiges, un record.

Le premier choc pétrolier de 1973 porte un coup dur à cet enthousiasme. Les ventes diminuent de plus de la moitié, passant à 195 000 unités en 1977, et le nombre de producteurs tombe à six.

Facteurs de ralentissement et marché actuel

La maturation du marché, les récessions économiques, le second choc pétrolier, les changements d'habitudes des consommateurs, les hivers plus doux et l'offre d'autres activités hivernales ont produit un ralentissement dans la vente des motoneiges.

Malgré ces défis, le marché de la motoneige demeure actif. En 2015, il se vendait encore 150 713 motoneiges à travers le monde. Bien que les ventes aient diminué ces dernières années (112 650 en 2024, 92 387 en 2025), le secteur génère des revenus importants et emploie des milliers de personnes dans la production, la vente et le service.

Selon un sondage de l'Association internationale des manufacturiers de motoneige (ISMA), près de 80 % des utilisateurs utilisent leur motoneige pour la randonnée, tandis qu'environ 20 % l'utilisent pour le travail, la chasse ou la pêche blanche.

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Le développement des réseaux de sentiers

L'essor de la motoneige a rapidement mené à la nécessité d'organiser et d'entretenir des parcours dédiés.

Des débuts informels à l'organisation

Dès le début des années 1960, les premiers clubs de motoneige se forment, d'abord de manière informelle, puis avec une structure plus organisée dès 1962, incluant la création de l'Association canadienne de l'autoneige (ACAN).

La promotion et l'aménagement de sentiers

Face aux plaintes des propriétaires concernant les dégâts et le bruit, les clubs et les fabricants commencent à promouvoir l'aménagement de sentiers consacrés à la pratique de la motoneige. En 1971, Bombardier lance l'Opération Sentiers de Ski-Doo.

Les clubs s'entendent avec les propriétaires pour obtenir des droits de passage et s'équipent pour entretenir les sentiers. De nombreux sentiers à travers le Canada et les États-Unis seront finalement reliés, formant de vastes réseaux. Le sentier trans-canadien, inauguré en 1998, est l'aboutissement de ce long processus.

En 2011, il existait environ 400 000 kilomètres de sentiers entretenus en Amérique du Nord.

L'innovation continue chez Ski-Doo

Bombardier Recreational Products (BRP) continue d'innover pour offrir des motoneiges toujours plus performantes et adaptées aux besoins des conducteurs.

Technologies et modèles récents

L'entreprise met en avant des technologies comme le moteur Rotax 600RR E-TEC, offrant une performance inspirée de la compétition, une réponse instantanée à l'accélérateur et un mode silencieux.

Les modèles récents, tels que le 20e anniversaire de la X-RS, les plateformes REV Gen5 pour les Skandic et Tundra, ou encore les modèles Expedition et Neo, bénéficient d'un raffinement exceptionnel et de caractéristiques améliorées.

La nouvelle position de ski de 32 pouces sur certains modèles offre un avantage incroyable sur les pentes les plus raides et les lignes d'arbres les plus serrées. L'agilité sur trail et les moteurs 2 temps performants sont au cœur des modèles MXZ, tandis que la polyvalence et la capacité de chargement inégalées caractérisent la gamme Skandic.

Motoneige Ski-Doo Expedition sur un terrain enneigé.

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