New-Map : L'histoire d'un constructeur lyonnais de motos et microcars

Malgré un nom à consonance anglo-saxonne, New-Map est une sympathique petite marque lyonnaise dont l'histoire débute bien avant la Seconde Guerre mondiale. Initialement un atelier de cycles et jouets fondé en 1898, l'entreprise, dirigée par Joseph Martin, se transforme en usine durant le premier conflit mondial. C'est son fils, Paul Martin, titulaire d'un brevet de mécanicien de moteur d'avions, qui reprend les rênes et rebaptise l'entreprise Établissements Paul Martin.

Les débuts sont marqués par la fabrication de roues pour avions et automobiles. Cependant, vers 1924-1925, Paul Martin décide de se lancer dans la production de motocyclettes. La première voit le jour en 1926 sous la marque New-Map, un nom choisi pour son attrait à l'époque. Le mot "Map" serait une contraction des initiales de Martin Paul. Le succès est au rendez-vous, et la gamme s'étoffe rapidement.

Schéma de l'évolution de la marque New-Map, de ses débuts en tant qu'atelier de cycles à sa production de motos et microcars.

L'essor de New-Map dans les années 1930

Les motocyclettes New-Map se distinguent par la qualité de leurs châssis fabriqués en interne, avec une grande variété de moteurs externes : Anzani, Madoz, LMP, JAP, et Zürcher. L'entreprise prospère et rachète la filiale de Motosacoche, élargissant ainsi son catalogue à deux marques. Pour asseoir sa notoriété, New-Map s'engage dans des compétitions à partir de 1929, obtenant des résultats honorables.

L'année 1932 voit l'adoption du moteur BYS, suivie par le développement d'un nouveau moteur New-Map, en réalité un moteur Ultima fabriqué dans les locaux de Paul Martin. La véritable nouveauté arrive en 1933 avec les premiers vélomoteurs maison, les Baby, disponibles en 100 et 200 cm3. Parallèlement, le haut de gamme s'enrichit d'une moto de 750 cm3.

En 1935, New-Map prend un nouveau virage en se lançant dans les véhicules utilitaires avec un triporteur de 100 kg de charge utile (type TM1). Mais la révolution arrive en 1938 avec la fabrication d'un microcar, la Baby. Conçue pour motoriser les familles modestes, cette voiture économique, bon marché et peu encombrante, répond à un besoin croissant de mobilité. La Baby se caractérise par sa carrosserie tout acier, un moteur monocylindre 2 temps Sachs de 100 cm3 ne nécessitant pas de permis, un poids plume et des dimensions réduites. Techniquement, elle dispose d'une transmission par chaînes, d'un refroidissement par air avec turbine, d'une boîte à trois rapports, de freins mécaniques et de suspensions avant à roues indépendantes.

Photographie de la microcar New-Map Baby, mettant en avant son design compact et sa carrosserie en tôle.

Les tumultes de la guerre et l'après-guerre

Au début du conflit, Paul Martin produit des têtes d'obus pour le ministère de la guerre, puis pour l'occupant, afin d'éviter à ses ouvriers de travailler en Allemagne. L'atelier conserve une autonomie pour la construction de vélomoteurs et, plus significativement, pour le prototype d'un petit utilitaire à trois roues, l'œuvre de M. Castellano. L'entreprise est réorganisée en 1940 en société anonyme : Fabrique Lyonnaise de Motocyclettes New-Map et Motosacoche, sous l'impulsion de Robert Robin, un comptable qui prend progressivement le contrôle de la société.

Après la guerre, en 1945, la production se limite à trois vélomoteurs de 125 cm3 sous la marque New-Map. La gamme Motosacoche est supprimée. En 1947, le Solyto, un véhicule utilitaire conçu pendant la guerre, est commercialisé. Ce trois roues bâché ou tôlé, équipé d'un moteur 2 temps Ydral de 125 cm3, est apprécié pour sa maniabilité, son autonomie et sa capacité de charge. Une version break de camping est également proposée.

La voiturette Baby est ressortie sous le nom de Rolux, avec quelques modifications esthétiques et techniques. Parallèlement, la production de motocyclettes peine à redémarrer, se limitant pendant plusieurs années aux vélomoteurs de 125 cm3. En 1950, New-Map commercialise une 350 cm3, une version de la Douglas 350 cm3 importée d'Angleterre.

Image du véhicule utilitaire New-Map Solyto, montrant sa structure à trois roues et sa capacité de chargement.

Diversification et difficultés dans les années 1950 et 1960

En 1957, New-Map présente brièvement des scooters de 125 cm3 avant de se concentrer sur la fabrication de cyclomoteurs de 49 à 100 cm3. Cette nouvelle orientation intervient trop tard, et la marque ne parvient pas à s'imposer sur ce marché. La production de deux roues s'arrête en 1959 après la liquidation de la société. L'entreprise se recentre sur la fabrication d'un triporteur à pédales, d'une remorque pour bicyclettes et vélomoteurs, et du Solyto.

Sous la direction de Robert Robin, la production de New-Map repose essentiellement sur le Solyto. M. Castellano, chef d'atelier et concepteur du Solyto, quitte la société pour se mettre à son compte. Joseph Spalek prend la responsabilité de l'atelier, qui ne compte plus que cinq ouvriers.

Les chaînes de fabrication du Solyto sont transférées dans une nouvelle usine à Chassieu. La production est interrompue à plusieurs reprises en raison de problèmes d'approvisionnement en moteurs. Joseph Spalek développe alors un variateur de vitesse à courroies trapézoïdales, faisant du Solyto le premier véhicule automatique commercialisé en France. Cependant, les livraisons de moteurs s'arrêtent à nouveau, poussant Joseph Spalek à concevoir ses propres moteurs, en s'approvisionnant en pièces auprès de Gnome-et-Rhône.

En 1963, Robert Robin prend sa retraite, et M. Valentin, directeur de la société KV, devient le principal actionnaire. Le Solyto est alors fabriqué par KV. En 1965, Joseph Spalek équipe les Solyto d'un allumage électronique intégral (CDI), une innovation qui relance temporairement les ventes.

Schéma technique illustrant le système d'allumage électronique CDI appliqué au véhicule Solyto.

La fin d'une ère et l'héritage de New-Map

La demande pour ce type de véhicules diminue progressivement. Le dernier Solyto sort des chaînes de montage en février 1974, après environ 4 000 exemplaires assemblés. Malgré les évolutions mécaniques au fil des années, la vitesse maximale reste limitée à 50, puis 60 km/h, conformément à la réglementation des véhicules sans permis.

L'histoire de New-Map est marquée par l'innovation, la persévérance face aux difficultés économiques et aux aléas de l'histoire. La marque lyonnaise a su proposer des véhicules adaptés aux besoins de son époque, des motocyclettes performantes aux microcars économiques, en passant par des utilitaires ingénieux.

Des forums en ligne témoignent de l'intérêt persistant des passionnés pour les modèles New-Map, comme en atteste la recherche d'informations pour la restauration de modèles tels que l'AD120 ou la C4T 133. Les discussions portent sur les pièces manquantes, les correspondances, et les spécificités techniques des moteurs AMC, Ydral, Sachs, ou Opti qui ont équipé ces véhicules.

La série Leader, présentée au salon de Paris en 1953, marque une rupture avec une nouvelle partie cycle et un style plus moderne, dotée d'une vraie suspension arrière oscillante avec amortisseurs hydrauliques. La gamme s'enrichit pour la saison 1955, proposant des modèles avec différents moteurs, dont le nouveau moteur Opti de 250 cm3 développé par Richard Küchen, une motorisation bicylindre quatre temps moderne qui équipe également les motos Motosacoche et Tornax.

Le New Map Opti, présenté au salon de Paris en octobre 1954, n'a connu qu'une seule apparition publique. Son prix élevé et un marché morose ont limité sa diffusion. La 250 ACO reste au catalogue en 1955 mais disparaît ensuite.

Des modèles spécifiques comme la New-Map LK 127 à moteur Ydral bitube de 1956, ou la New Map 125 LK126 à moteur Ydral, font l'objet de restaurations par des passionnés, qui recherchent des pièces et des informations pour redonner vie à ces machines d'exception.

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