L'histoire de la Mobylette Motobécane et MBK

L'histoire de la Mobylette, ce nom qui est devenu synonyme de cyclomoteur en France, est intimement liée à celle de Motobécane, puis MBK. Fondée en 1923 par Charles Benoît, Abel Bardin et Jules Bénézech, l'entreprise s'est d'abord consacrée à la production de motocyclettes avec un objectif clair : proposer des véhicules simples et abordables.

Les débuts de Motobécane : de la moto au cyclomoteur

Dès ses débuts, Motobécane a su innover. En 1925, la marque lance sa première moto, la MB2, suivie en 1926 par la création de la marque Motoconfort, destinée à commercialiser des modèles plus haut de gamme sans entacher la réputation de Motobécane. L'adoption du réservoir en selle en 1928 a permis d'élargir la gamme, tandis que les bicyclettes à moteur auxiliaire, comme les B1 et B1V2, rencontraient un franc succès.

Les années suivantes ont vu Motobécane monter en puissance. En 1938, le 60 cm³ Poney (Scout chez Motoconfort) est présenté. Après la Seconde Guerre mondiale, la série Z, avec des modèles emblématiques comme la Z46 et la Z2C, domine l'offre des quatre temps. Mais le véritable tournant survient en 1949 avec le lancement de la mythique Mobylette, un concept novateur né de la contraction de "mobile" et "bicyclette", conçu par l'ingénieur Eric Jaulmes.

Photographie d'une Motobécane Mobylette AV88

La naissance et le succès de la "Mobylette"

La Mobylette, et plus particulièrement la série AV7 produite entre 1956 et 1968, a marqué une étape importante dans l'innovation de la marque. Ces cyclomoteurs de 49 cm³ étaient équipés de moteurs deux temps, d'un embrayage centrifuge automatique et, pour certains modèles, de variateurs de vitesse. La transmission primaire par courroie, suivie d'une chaîne vers la roue arrière, assurait une mécanique efficace.

L'emblématique Motobécane AV88, surnommée "La Bleue", lancée en 1957, est devenue le cyclomoteur le plus vendu au monde jusqu'en 1990. Sa robustesse, son design et son confort en ont fait un véritable symbole de la France d'après-guerre et un moyen d'émancipation pour la jeunesse. Au total, Motobécane a produit plus de 14 millions de Mobylettes.

La série AV4x se distinguait par un cadre en acier demi-coque, un réservoir sous la selle pour une esthétique épurée, et un moteur 2 temps de 49 cm³ offrant entre 1,5 et 2 chevaux. L'admission par la jupe du moteur renforçait son efficacité, tandis que l'embrayage centrifuge automatique et le système d'allumage par volant magnétique garantissaient fiabilité et entretien simplifié.

L'usine de Saint-Quentin : un pilier économique

Face à son succès grandissant, Motobécane a dû étendre ses capacités de production. L'entreprise s'est installée à Saint-Quentin en 1951, reprenant une ancienne usine de tissage. Ce choix stratégique a permis à la ville de connaître un essor économique majeur, avec à terme jusqu'à 4 200 emplois directs dans l'usine et jusqu'à 6 000 autres dans l'Aisne. L'usine de Rouvroy, inaugurée en 1963, symbolisait l'apogée de Motobécane, avec une production atteignant près de 900 000 cyclomoteurs par an, soit une mobylette toutes les 7 secondes.

Vue aérienne de l'usine Motobécane à Saint-Quentin

La MBK 51 : une légende des années 80

Les années 1970 ont vu Motobécane lancer de nombreux nouveaux modèles, dont la 51 en 1978. Dérivée de la M50 des années 70, la 51 apportait un look modernisé et un nouveau moteur deux temps, l'AV10, plus puissant grâce à une boîte à clapets d'admission et un troisième transfert. Elle est rapidement devenue la concurrente directe de la Peugeot 103, lancée en 1971.

La MBK 51, comme elle est devenue connue après 1985, a traversé les époques avec de multiples versions :

  • 51 S, V, VS, VL, VLC : gamme originelle de 1978, versions utilitaires.
  • 51 Super (1979-1988) : modèle modernisé avec jantes à bâtons en aluminium.
  • 51 West, New West, White Horse, Copper Black (1981-1986) : variantes "chopper".
  • 51 Sport (1986-1987) : premier modèle sous l'ère MBK.
  • 51 Rock Racing (1991-1993) : version sportive.

Le cadre de la série 51 est une structure acier monocoque intégrant un réservoir dans le tube diagonal. Les suspensions arrière, le bras oscillant, et la fourche ont évolué au fil des ans, tout comme le moteur AV10, qui a bénéficié d'allumage électronique et, sur certaines gammes, d'un refroidissement liquide.

Collection de différentes versions de la MBK 51

Les défis financiers et la reprise par Yamaha

Malgré le succès de la 51, les années 80 ont été difficiles pour Motobécane. La concurrence japonaise sur le marché de la moto et un essoufflement des ventes de cyclomoteurs ont conduit l'entreprise à la faillite en 1983. En 1984, Xavier Maugendre a repris la marque sous le nom de MBK Industrie, avec le soutien financier de Yamaha.

En 1985, Motobécane est rachetée par le groupe Yamaha. L'usine de Rouvroy, vieillissante, a été relancée grâce au succès du scooter Booster MBK, vendu à un million d'exemplaires jusqu'en 1999. Cependant, la production des cyclomoteurs traditionnels type "mobylette" a été considérablement affaiblie par les normes anti-pollution, marquant la fin de la carrière de la 51 en 2002.

La Motobécane M7 : un modèle moins connu

Parmi les nombreux modèles de Motobécane, le M7, présenté en 1977 pour remplacer le "CADY", a connu un succès commercial modeste. Souvent cité pour sa réputation mitigée, notamment à cause des "berceaux" qui soutenaient le moteur AV7 et qui avaient tendance à casser, le M7 reste un exemple du "vilain petit canard" de la marque. Les versions comme la M7 "spécial", avec une suspension arrière et une fourche plus imposante, sont aujourd'hui plus rares.

Motobécane M7

L'héritage de Motobécane et MBK

Aujourd'hui, les Mobylettes Motobécane, devenues vintages, sont appréciées par les collectionneurs et les amateurs de véhicules classiques. De nombreux clubs, comme le Motobécane Club de France, maintiennent la flamme vivante à travers des rassemblements et des expositions. La MBK 51, en particulier, continue de fasciner, avec des modèles sportifs comme la Magnum Racing atteignant des cotes élevées sur le marché de l'occasion.

L'histoire de Motobécane et MBK est celle d'une marque qui a marqué plusieurs générations, offrant liberté et mobilité à des millions de Français. Bien que la production de ces cyclomoteurs iconiques ait cessé, leur héritage perdure à travers la passion des collectionneurs et la présence de ces machines sur les routes aujourd'hui.

Motobécane, la belle histoire ▶︎ Apéro Moto Magazine

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