Joris Bretagnolles est reconnu comme l'un des meilleurs riders français en BMX Flat, mais aussi comme une personnalité particulièrement agréable et accessible dans le milieu. Bien que son talent et sa maîtrise technique soient indéniables, il se retrouve souvent dans l'ombre des figures internationales, méritant selon beaucoup une place plus proéminente sur les podiums. Ce flatlander lyonnais partage son parcours, ses réflexions sur le confinement, les compétitions, ses projets futurs, l'évolution du BMX Flat en France, la place des femmes dans ce sport, les Jeux Olympiques et même une vision humoristique de l'avenir politique.
Le Confinement et la Vie de Papa
La période de confinement a vu Joris s'adapter à un nouveau rythme de vie. Bien qu'il réside dans un espace spacieux, le manque de terrain praticable pour le BMX l'a contraint à trouver d'autres occupations. La présence de son enfant de deux ans occupe une grande partie de son temps, mais il parvient également à se divertir avec Netflix, sa PlayStation et un ukulélé, des activités qui contribuent à faire passer les journées rapidement.
La vie de papa se déroule bien pour Joris. Une conversation rassurante avec Raphael Chiquet avant l'arrivée de son enfant l'a préparé à cette nouvelle étape. Il parvient à maintenir un équilibre entre sa vie familiale et sa passion pour le BMX, même avec des horaires de travail décalés qui l'amènent à ne pas être à la maison tous les soirs. La compréhension de sa femme est un atout majeur, lui permettant de rouler régulièrement malgré des journées souvent très chargées et fatigantes. Une hygiène de vie rigoureuse, incluant l'abstinence de tabac et d'alcool ainsi qu'une alimentation équilibrée, contribue à sa capacité à gérer cet emploi du temps intense.
Un avantage significatif dans sa pratique est la salle acquise par Kevin Meyer. Cette installation offre la possibilité de rouler à tout moment, quelles que soient les conditions météorologiques, ce qui représente un bonus considérable par rapport à ses expériences précédentes.

Les Débuts et l'Évolution en BMX Flat
L'histoire de Joris avec le BMX a débuté à l'âge de 14 ans avec un premier vélo de supermarché, initialement utilisé pour le cross. Une rencontre fortuite avec le petit ami d'une aide-soignante, qui pratiquait le flat et s'entraînait en attendant sa compagne, a marqué un tournant décisif. C'est avec ce rider d'un bon niveau que Joris a fait ses premiers pas dans le monde du BMX Flat.
Les deux premières années ont été marquées par une progression lente, jusqu'à la découverte de la roue arrière. Cette révélation a accéléré son apprentissage, le menant rapidement à la catégorie Master. Plus tard, Raphaël Chiquet a révolutionné la roue arrière en éliminant les scuffs. Sur ses conseils, Joris a adopté cette approche, progressant considérablement en réalisant ses routines sans scuff, environ six ans après avoir débuté le vélo.
Une période de stagnation a suivi, particulièrement durant les deux dernières années, accentuée par un changement de poste au travail engendrant une fatigue accrue et un manque de temps pour s'entraîner. L'éloignement de son spot habituel (25 minutes en voiture) compliquait davantage la situation. De plus, à la demande générale des riders, Joris a souhaité modifier son style pour intégrer plus de "rolling", un apprentissage qui s'est avéré difficile malgré son apparente simplicité pour beaucoup.
Ces derniers mois ont été marqués par une nouvelle motivation, alimentée par un nouveau vélo mieux adapté à sa morphologie et à son style de tricks, ainsi que par la salle de Kevin, qui lui permet de rouler cinq fois par semaine. Cette assiduité a conduit à une progression remarquable, surpassant celle des deux années précédentes, bien qu'il choisisse de partager peu de vidéos pour préserver l'impact de ses réalisations.
La Créativité et le Style en BMX Flat
Le BMX Flat est décrit comme l'un des rares sports artistiques valorisant la créativité. Joris estime posséder une part d'originalité grâce à ses figures sur les pédales et ses sauts ("jumps"). Sa progression a été particulièrement influencée par une période de deux ans de pratique sur la roue avant, où il progressait peu, suivie par la révélation de la roue arrière. Des figures comme le "gerator" et le "caboose" ont été apprises en seulement 30 minutes, soulignant la facilité qu'il a trouvée dans la roue arrière par rapport à la roue avant.
Depuis environ six ans, Joris a tendance à ne pas vouloir dépasser ses limites, privilégiant le style et la fluidité de ses figures. Cependant, une nouvelle motivation récente l'a poussé à dépasser ses barrières psychologiques. Auparavant, il considérait des enchaînements complexes, combinant gros sauts et figures sur les pédales, comme trop difficiles. Aujourd'hui, il aborde ces défis avec la conviction qu'ils sont réalisables, et les figures réussissent.

Les Défis du Travail et de la Fatigue
Les horaires de travail décalés de Joris, qui peuvent commencer à 10h du matin et se terminer le lendemain à 13h, sont une source de fatigue physique et psychologique considérable. La variabilité constante de ces horaires, combinée aux exigences physiques de l'entraînement de BMX, met son corps à rude épreuve. Malgré une bonne hygiène de vie, ces horaires atypiques impactent négativement sa récupération.
La fatigue psychologique est également un facteur important, car la conduite d'un train, son métier, est bien plus éprouvante que la conduite d'une voiture. Ces contraintes professionnelles ajoutent une couche de difficulté à sa pratique du BMX.
L'Évolution du BMX Flat en France et le Marché
Joris considère que le BMX Flat n'est pas "mort", mais qu'il a considérablement évolué. Autrefois, une fois les premières années de pratique maîtrisées, les riders s'engageaient pour une pratique à vie, participant à toutes les compétitions possibles. Aujourd'hui, les jeunes s'initient au flat souvent par le biais de clubs, avec des enjeux différents. Les réseaux sociaux, bien qu'ils montrent la "jolie partie" du sport, peuvent également créer une perception erronée, similaire à celle des jeunes milliardaires sur Instagram.
Concernant les compétitions, Joris ne pense pas que la fédération soit responsable de leur déclin. La principale raison identifiée est l'essor du "flat-street". L'engouement pour les vélos et pièces de Matthias Dandois, orientés street, a entraîné une chute du marché spécifiquement dédié au flat. Bien que Joris reconnaisse que le vélo de Matthias lui convienne et qu'il ait ses raisons pour ses choix, il est victime de son succès en tant que rider influent, poussant les jeunes à adopter un style similaire.
Aujourd'hui, le temps investi pour apprendre une figure ne correspond plus toujours au retour en termes de "likes" sur les réseaux sociaux. L'avenir du flat pourrait voir une augmentation du nombre de clubs, grâce à des personnalités comme Joris lui-même, les frères Chauvel, Alex Jumelin, et Kevin Meyer, qui, notamment via YouTube, contribue à faire découvrir ce sport à une large communauté.
Présentation des disciplines du BMX - Teaser
Souvenirs de Compétition et Reconnaissance
Un moment marquant pour Joris remonte à 2016, lorsqu'il a terminé 3ème au FISE de Montpellier, lui ouvrant les portes des FISE aux États-Unis. Son meilleur souvenir de cette année est d'avoir battu Alex Jumelin en battle, ce qui lui a permis de remporter un nouveau voyage pour Edmonton deux semaines plus tard. Cette année-là, il a terminé 3ème au classement général des FISE, profitant d'un voyage avec sa femme, incluant une étape à Montréal et à New York, sans aucune pression.
Les Difficultés en Compétition et le Jugement
Malgré son statut de rider français aux tricks techniques et difficiles, Joris ne remporte pas souvent les compétitions. Il explique que de nombreux juges lui ont fait part de son enchaînement de "links" trop compacts, avec trop de tricks intégrés, ne leur laissant pas le temps d'analyser. Ils lui ont conseillé de "décortiquer" son riding et d'être plus aérien, ce qui ne correspond pas à son style et qu'il regrette, estimant que les juges devraient être capables d'apprécier toutes les formes de pratique.
Il considère que le principal problème en compétition en France réside dans le fait que les juges semblent connaître sa place avant même qu'il ne roule. Il souligne qu'il n'a rien contre eux et que certains sont des amis, mais il trouve injuste que des juges ne maîtrisant pas certaines figures, comme le "dump truck", ne puissent pas juger des figures complexes comme le "double stable duck".
Joris observe également que les classements, en dehors des grandes compétitions comme le FISE ou les championnats du monde, peuvent varier en fonction de la notoriété. En 2016, lorsqu'il était très visible, il était parfois surévalué, tandis qu'aujourd'hui, avec moins de participations en compétition, c'est l'inverse.
Le Niveau du BMX Flat Français
Subjectivement, Joris estime que le niveau du BMX Flat français est très élevé, citant des riders comme Thomas Noyer, Jean Bulhon, Raphael Chiquet, Quentin Pelorson, Matthias Dandois et Alex Jumelin. Il reconnaît que la compétition est rude et que, malgré ses propres réalisations, certains de ces riders sont simplement plus forts que lui.
Projets et Sponsoring
Actuellement, Joris est en phase de transition concernant son sponsoring. Il y a trois mois, le shop "Les Trois Roux" a annoncé la fin de son équipe flat, ce qui a été un déclic pour Joris. Il souligne qu'il n'a jamais reçu de subventions, seulement des avantages en nature, ce qui est courant dans ce sport en raison du manque de fonds. Il réfléchit à investir personnellement pour obtenir exactement ce qu'il recherche.
Il a testé de nombreuses pièces, y compris cinq cadres différents, et a finalement acheté son propre vélo complet en fonction de ses besoins. Il maintient une relation avec "Sirius clothing", qu'il qualifie plus de "famille" que de sponsoring traditionnel, en raison de sa relation avec la créatrice Aviva. Il apprécie également la marque "Igi" pour son esprit d'innovation et la qualité des personnes impliquées, comme Jean-William, qui apporte beaucoup au flat.
Le BMX aux Jeux Olympiques et la Place des Femmes
L'idée que le BMX Flat puisse intégrer les Jeux Olympiques est vue par Joris comme une perspective fabuleuse. Bien que cela ne change pas fondamentalement la pratique, cela apporterait une crédibilité accrue auprès du grand public et pourrait faciliter l'obtention de subventions. Il exprime également le désir de représenter la France, un pays qu'il admire, surtout en ces temps où il est souvent critiqué.
Concernant les femmes dans le BMX, Joris trouve la progression de chacune des jeunes riders qu'il connaît formidable. Il est cependant réservé quant à la catégorie "girls", estimant qu'elle peut brider le potentiel des femmes. Il rappelle que par le passé, sans catégorie dédiée, les filles concourraient contre les hommes, ce qui les poussait à se surpasser, certaines atteignant un niveau supérieur à celui de nombreux hommes (il cite le cas d'Aude Cassagne). Il pense cependant que plus il y aura de pratiquantes, plus la compétition sera rude et stimulante.
Les démonstrations de BMX Flat sont devenues rares, et Joris attend qu'on lui en propose plutôt que de les démarcher activement.
Projets Familiaux et Vision Humoristique de l'Avenir Politique
Les principaux projets de Joris incluent la croissance saine de son fils et l'acquisition d'une maison qui lui permettrait d'avoir son propre espace pour s'entraîner. Dans une note humoristique, il imagine que si Kevin Meyer devenait Président de la République, il pourrait le nommer Premier Ministre, prévoyant une situation chaotique mais amusante.
Il souhaite longue vie à son bébé, espérant qu'il hérite des qualités de sa mère, sinon il risque de finir comme rider de BMX !
Remerciements et Conseils
Joris exprime sa gratitude envers sa femme pour son soutien indéfectible au cours des dix dernières années et pour lui permettre de rouler autant malgré son emploi du temps chargé. Il remercie également Manu pour sa confiance continue et Kevin pour la motivation et les corrections apportées lors de leurs sessions.
Ses conseils aux aspirants riders sont de ne jamais rien lâcher, de reconnaître que la première année est la plus difficile, de ne pas hésiter à demander conseil sur les réseaux sociaux et d'investir dans du matériel de flat pour progresser plus rapidement. Il recommande également de ne pas négliger le frein avant et de ne pas se focaliser sur le nombre de "likes" sur Instagram.